À Bonifacio, la fête se fait révolte pour la biennale d’art De Renava
Bonifacio, citadelle millénaire convoitée par Pise, Gênes et Aragon, accueille la troisième édition de la biennale d’art De Renava, orchestrée par les curateurs Prisca Meslier, Dumè Marcellesi et Basile Isitt. Après « La chute des empires » en 2024, cette édition, qui se déroule du 23 mai au 5 novembre 2026, se concentre sur l’ivresse collective à travers des lieux patrimoniaux de la ville.
L’événement s’inspire des idées du sociologue Michel Maffesoli et de son concept d’« ère dionysiaque », présentant la fête comme un acte politique. Selon les commissaires, cette biennale transforme les corps, les voix et les lumières en vecteurs d’insoumission.
Le parcours, conçu comme un opéra en quatre mouvements (« Ouverture », « Prélude », « Actes », « Triomphe »), réunit douze artistes internationaux et six créateurs insulaires dans des lieux emblématiques et insolites de Bonifacio.
L’exposition débute à l’Agora, une ancienne discothèque, où l’hymne corse Dio vi salvi Regina résonne, capté par la caméra d’Adel Abdessemed. Un peu plus loin, la plus grande citerne d’eau de la citadelle, vestige d’ingénierie génoise du XIIe siècle, accueille l’œuvre Bande Organisée de Tony Regazzoni, qui évoque le rite initiatique des nuits festives.
La biennale présente également des vidéos du collectif russe Pussy Riot, dont Punk Prayer a valu à ses membres une incarcération. Leurs performances, exposées à proximité de l’église de Bonifacio, rappellent que la fête peut avoir un coût élevé lorsque elle dérange.
Cette biennale se distingue par sa capacité à investir des lieux oubliés. Dans la caserne Montlaur, une installation de 34 blocs lumineux clignote en morse un message sur la fête comme utopie. Le collectif marseillais Ivalala rend hommage à des espaces de vie collective disparus à travers une sculpture sonore.
L’événement met en lumière le patrimoine de Bonifacio tout en interrogeant le rapport entre fête et politique, dans une ville qui a vu tomber de nombreux empires.
Source : Beaux Arts Magazine
