Lautrec, McCartney, Vicerial : le trio d'artistes qui met Aix en jouvence

Lautrec, McCartney, Vicerial : le trio d’artistes qui met Aix en jouvence

De la gouaille de Lautrec aux fantômes de Jeanne Vicerial en passant par l’intimité des Beatles vue par Paul McCartney, Aix-en-Provence signe un été artistique aux multiples visages.

Qu’ont en commun Toulouse-Lautrec, le chanteur-photographe Paul McCartney et la sculptrice textile Jeanne Vicerial ? Les trois mettent Aix en jouvence à en faire fondre le plus résistant des calissons. Tous sont des portraitistes : Lautrec celui des icônes de la Belle Époque, McCartney celui des Beatles dans leur intimité, et Vicerial celle de nos âmes flottantes. Lautrec croque avec son pinceau, McCartney avec son appareil photo, Vicerial par mille et un fils.

Les belles de Lautrec à l’hôtel de Caumont

Cocottes, demi-mondaines, étoiles des cafés-concerts ou de maisons closes, toutes sont logées dans l’élégantissime hôtel, chef-d’œuvre bonbonnière du XVIIIe siècle. Grâce aux traits bienveillants, gourmands, fugitifs, cocasses et tendres d’Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), femmes exposées et quelques mâles crâneurs expriment leur déme, leur désinhibition, leur autodérision et leur liberté.

Témoin de la Belle Époque, le peintre a fréquenté de très près les milieux interlopes dans lesquels il a trouvé sa place. À ses côtés, des femmes qui dansent, chantent, se moquent d’hommes tonitruants comme Aristide Bruant, chansonnier et patron du cabaret le Chat noir. À la fin du XIXe, le commerce triomphe, et le citoyen devient un client potentiel. L’exposition révèle un Lautrec as de la réclame, affichiste hors pair, maîtrisant l’art de la lithographie.

L’exposition d’Aix-en-Provence montre à quel point le peintre eut le sens de la communication, faisant d’un détail, d’un accessoire, l’élément qui façonne l’image des croquées.

Les Beatles en intimité au musée Granet

Dans les années soixante, la bande des quatre de Liverpool entame son envol planétaire. Une hystérie de clichés des quatre garçons cravatés et bien coiffés fait la une des journaux. En 1963-1964, McCartney a photographié au plus près ses camarades, dans l’intimité de leur vie commune. Il compose ses prises de vue sans mettre en scène ses collègues, et la force des clichés réside dans la justesse de leur cadrage.

Ses photographies sont de la joie de vivre en noir et blanc, narrant la complicité de ses camarades musiciens, montrant des visages d’épuisement, de doute, mais aussi de sourires et d’éclats de rire. L’exposition est un hymne à la jeunesse.

Les envoûtantes endormies de Jeanne Vicerial

Les sculptures textiles de Jeanne Vicerial, nichées dans la pénombre de la chapelle de la visitation, sont un choc visuel et émotionnel. L’art de Vicerial se tisse entre poésie, métaphores et questionnements. Passée par la villa Médicis et exposée dans des institutions reconnues, elle utilise exclusivement le tissage comme moyen d’expression.

Son art évoque l’absence, le silence, le désir, le temps, et le sacré. Les formes des sculptures sont humaines, mais il est conseillé de ne pas toucher. Vicerial est exposée à la chapelle de la Visitation, ainsi qu’au pavillon de Vendôme et au musée des Tapisseries.

Tous ces « êtres » sont comme en lévitation, entre gravité terrestre et appel céleste. Ces œuvres, sans visage, ne jugent pas ceux qui les observent. Vicerial sculpte le ventre de l’âme.

Source : La Tribune Dimanche

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