Emploi : Ce que le « cas Demorand » nous apprend
En racontant sa bipolarité à travers son livre Intérieur nuit, le journaliste de France Inter Nicolas Demorand a suscité un débat autour de la place des troubles psychiques dans le monde du travail. Alors que ces troubles représentent la première cause de handicap et d’arrêt maladie en France, ils restent difficiles à évoquer en entreprise. Des conditions telles que la dépression, la bipolarité, la schizophrénie stabilisée et les troubles anxieux sont encore souvent entourées de tabous.
Demorand, en partageant son expérience, a mis en lumière une réalité vécue par de nombreux salariés : celle de devoir prouver que la maladie ne compromet ni leurs compétences ni leur légitimité professionnelle.
Une parole qui compte
Lucie Caubel, directrice du développement du salon de recrutement en ligne Hello Handicap, souligne l’importance de libérer la parole sur ces sujets. Elle précise que le témoignage de Demorand montre qu’il est possible d’avoir une carrière réussie tout en vivant avec un trouble psychiatrique. Cependant, elle met en garde contre la tendance à ne donner la parole qu’à ceux qui ont des parcours extraordinaires, ce qui peut dévaloriser les expériences des personnes vivant dans une « zone grise ».
Le poids des préjugés
Près d’un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique au cours de sa vie, mais ces sujets restent parmi les moins abordés au travail. Selon Caubel, les personnes touchées subissent une « double peine » : celle de la maladie et celle de la stigmatisation. Les stéréotypes, comme l’association de la schizophrénie à la dangerosité, alimentent la peur et les discriminations. Jean-Victor Blanc, psychiatre, évoque le manque de connaissances sur les troubles mentaux comme un facteur de rejet dans le milieu professionnel.
Manager avec un trouble psychique : le dernier tabou ?
Le témoignage de Demorand remet en question l’idée selon laquelle une maladie psychique serait incompatible avec des responsabilités managériales. Un baromètre OpinionWay, réalisé en octobre 2023, révèle que 73 % des salariés pensent que leur manager serait gêné s’ils annonçaient vivre avec une maladie psychique. Cela souligne la difficulté d’aborder ces sujets, surtout dans des postes à responsabilité.
Dire ou ne pas dire ? Une décision personnelle
Aucun salarié n’est obligé de révéler son diagnostic à son employeur. La décision dépend de la manière dont la personne a intégré son handicap et de son parcours de soins. La reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) peut faciliter des aménagements simples, tels que le télétravail ou des horaires adaptés.
L’entreprise face à ses responsabilités
Les entreprises ne sont pas toujours prêtes à accueillir cette parole. Selon le baromètre OpinionWay, seulement 36 % d’entre elles proposent des ressources en faveur de la santé mentale de leurs employés. Caubel souligne qu’il est essentiel de former les managers et de faciliter l’accès aux soins pour que les discussions sur la santé mentale soient réellement constructives.
Des paroles aux actes
Bien que le témoignage de Demorand soit significatif, il n’est qu’un signal parmi d’autres. La directrice de Hello Handicap rappelle qu’il y a des milliers de personnes dans le monde du travail qui vivent avec ces défis sans en parler. Le véritable enseignement du « cas Demorand » réside dans l’espoir que, un jour, parler d’un trouble psychique au travail soit perçu comme une réalité ordinaire.
Source : Têtu Connect, 13 novembre 2023
