Face aux canicules, l’agriculture prisonnière du court-termisme
Les rapports du GIEC, du Haut Conseil pour le climat et d’autres instances onusiennes s’accordent sur un constat alarmant : l’agriculture est l’un des secteurs les plus vulnérables au changement climatique. En juin, la France a subi une deuxième vague de chaleur durant quatorze jours, marquée par des températures records jamais atteintes depuis 1946. Cette situation a causé des dommages significatifs dans les exploitations agricoles, alors qu’une nouvelle canicule s’installe sur le pays. Les organisations agricoles et les autorités sont encore en train d’évaluer les pertes, mais certaines filières ont déjà subi des impacts notables.
Plusieurs millions de volailles, représentant environ 1 % du cheptel national, auraient succombé dans des bâtiments surchauffés. Les producteurs de maïs anticipent une perte de rendement d’au moins 30 % par rapport à la moyenne quinquennale, ce qui pourrait mener à l’une des récoltes les plus faibles en trois décennies.
Franck Laborde, président de l’association des producteurs de maïs (AGPM), souligne la nécessité de mécanismes d’accompagnement à court terme pour les producteurs en difficulté, qui subissent des pertes depuis quatre ans. Il appelle également à des investissements dans le stockage de l’eau pour améliorer la résilience des agriculteurs à long terme.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a récemment annoncé de nouvelles dérogations aux exigences environnementales de la politique agricole commune (PAC) et a promis le report des contrôles administratifs. Elle a également confirmé la poursuite des financements pour soutenir les projets de stockage d’eau.
Malgré les défis, 2026 ne devrait pas être une année catastrophique pour l’ensemble de l’agriculture. Selon David Makowski, chercheur, certains mécanismes peuvent compenser les événements extrêmes survenant avant la récolte. Les cultures de printemps, comme le maïs, sont particulièrement vulnérables, tandis que les cultures d’hiver, comme le blé, sont généralement moins affectées par les vagues de chaleur.
Les organisations agricoles, telles que la FNSEA, insistent sur l’importance de compenser les pertes et d’autoriser une irrigation plus large. Cependant, Stéphane Gallais, porte-parole de la Confédération paysanne, met en garde contre l’artificialisation excessive, qui ne fait rien pour atténuer les effets de l’agriculture sur le climat et la biodiversité.
Actuellement, seulement un tiers des agriculteurs français sont couverts par des assurances, principalement les grandes exploitations. Les crises climatiques peuvent réduire les rendements tout en augmentant les prix des céréales, créant un déséquilibre qui affecte particulièrement les petites exploitations.
Les politiques publiques actuelles ne favorisent pas une adaptation durable de l’agriculture. Selon Lucille Rogissart, chercheuse à I4CE, moins de 10 % des aides publiques soutiennent réellement la transition, et celles-ci ne s’adressent qu’aux exploitations, sans inclure la transformation et la distribution.
Une étude du Crédit Agricole et de la coopérative In Vivo prévoit que les pertes dues au changement climatique pourraient atteindre entre 4 et 7 milliards d’euros par an d’ici 2050. Cette estimation met en lumière l’urgence d’une réorientation des soutiens publics pour favoriser une agriculture durable.
À l’heure actuelle, la situation appelle à des efforts concertés de la part de tous les acteurs, des producteurs aux consommateurs, pour activer les leviers nécessaires à une véritable adaptation de l’agriculture face aux défis climatiques.
Source : Alternatives Économiques.
