« Je n’existe plus », le calvaire de Fatima, née française, aujourd’hui sans identité en Sarthe
Fatima, résidente de Sablé-sur-Sarthe depuis quatorze ans, se retrouve dans une situation désespérée : la préfecture lui a refusé le renouvellement de sa carte d’identité. Cette Française se bat depuis une décennie pour retrouver son identité.
Fatima, née en 1983 à Mayotte de parents comoriens, a toujours été considérée comme française. Elle a possédé une carte d’identité jusqu’en 2004 et un passeport valide jusqu’en 2015. Cependant, tout a basculé en 2015 lorsqu’elle a tenté de renouveler sa carte d’identité. La mairie de Sablé lui a demandé un certificat de nationalité française, un document qu’elle ne possède pas.
Dès lors, elle a entamé un long parcours administratif, multipliant les courriers et les démarches au tribunal judiciaire du Mans, sans succès. Son frère jumeau, en revanche, a réussi à obtenir ses papiers d’identité dans le Gers.
La situation s’est aggravée lorsqu’elle a été convoquée à la gendarmerie, où les forces de l’ordre lui ont demandé des explications sur ses deux noms de famille. Malgré un classement sans suite de l’affaire, sa carte d’identité a été détruite par les autorités.
Fatima, aujourd’hui considérée comme apatride, ne peut plus travailler et se retrouve sans ressources. Son soutien indéfectible vient de Sara Do, une écrivaine publique qui l’aide dans ses démarches. Ensemble, elles ont même adressé des courriers au président de la République, mais sans résultat.
La préfecture refuse de lui octroyer une pièce d’identité en raison de l’absence de preuve de résidence sur le territoire français entre 1994 et 2001. À Mayotte, tous les documents sont détruits après 20 ans, et la mission locale à la Réunion ne conserve pas les documents de ses jeunes au-delà de 26 ans. Fatima n’a pas non plus suivi de scolarité au collège, ce qui complique davantage son dossier.
L’avocate Me Rasma Harouna, spécialisée dans ce type de cas, souligne que, bien que Fatima soit née à Mayotte, cela ne suffit pas pour l’administration française. Actuellement, elle est juridiquement rattachée à aucun pays.
Fatima vit aujourd’hui avec ses quatre enfants et son compagnon, mais ne voit pas le bout du tunnel. La question de l’autorité parentale se pose également, car elle ne peut pas l’exercer sans nationalité. La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle pèse lourdement sur ses épaules.
Cette affaire soulève des interrogations sur le traitement des apatrides en France. Selon les dispositions légales, personne ne devrait être apatride sur le territoire français, mais Fatima semble être une exception.
La prise de conscience des autorités et le soutien de la société civile sont désormais cruciaux pour sortir Fatima de cette impasse.
Source : Les Nouvelles de Sablé, Julie Hurisse
