Le riz, aliment de base pour plus de la moitié de la population mondiale, pourrait devenir une menace pour la santé publique. Une étude publiée dans The Lancet met en évidence une augmentation préoccupante de la concentration d’arsenic toxique dans le riz, phénomène lié au réchauffement climatique. La montée des températures et les niveaux accrus de CO₂ dans l’atmosphère modifient la composition des sols, favorisant la présence de cette substance dangereuse. Ce risque est particulièrement alarmant pour les pays asiatiques, fortement dépendants du riz, et suscite des inquiétudes parmi les experts.
Le réchauffement climatique change la donne pour le riz et sa toxicité
Le riz contient naturellement de l’arsenic, un métal lourd toxique présent dans certains sols. Bien que ce problème ne soit pas nouveau, le réchauffement climatique l’accélère. Une étude menée en Chine sur dix ans, récemment publiée dans The Lancet, montre que l’augmentation du CO₂ et des températures modifie la biologie des sols, favorisant des bactéries qui transforment l’arsenic en une forme plus toxique, l’arsenic inorganique. Cette forme est absorbée par les plants de riz, se concentrant dans les grains consommés. L’étude indique que dans certaines zones, la quantité d’arsenic toxique a augmenté de 15 à 20 %, ce qui, sur des millions de tonnes de riz, représente une hausse significative des risques pour la santé.
L’Organisation mondiale de la santé souligne que l’arsenic inorganique, même en faibles doses sur le long terme, accroît considérablement les risques de cancers et de maladies cardiovasculaires.
Une menace sanitaire qui s’intensifie dans les pays qui mangent le plus de riz
Des milliards de personnes consomment du riz quotidiennement, surtout en Asie. Selon des projections, l’exposition à l’arsenic pourrait augmenter de 30 % dans plusieurs pays d’ici 2050, touchant particulièrement la Chine, l’Inde, le Bangladesh et le Vietnam. L’exposition chronique à l’arsenic inorganique est associée à de graves problèmes de santé, tels que cancers, diabète, troubles neurologiques chez les enfants et complications pendant la grossesse. Une étude de 2018 dans Environmental Health Perspectives avait déjà identifié ces risques dans des régions où la consommation de riz contaminé est élevée.
Cette situation pourrait aggraver la santé de populations déjà vulnérables, incitant de nombreux spécialistes à reconsidérer les politiques de santé publique et agricoles.
Réduire l’arsenic dans le riz grâce à des gestes simples et des recherches innovantes
Face à cette menace, des solutions sont envisageables. Des chercheurs de l’Université de Sheffield ont démontré en 2021 que laver le riz avant cuisson et utiliser une méthode spécifique permet de réduire significativement la quantité d’arsenic. Cuire le riz dans deux fois plus d’eau que la quantité habituelle, puis jeter cette eau après quelques minutes, élimine entre 40 et 60 % de l’arsenic toxique. Cette méthode est accessible et préserve la qualité nutritionnelle du riz. Par ailleurs, des recherches visent à développer des variétés de riz absorbant moins d’arsenic et à améliorer la gestion des sols agricoles pour atténuer ce phénomène.
Néanmoins, pour que ces solutions soient efficaces, elles doivent être adoptées par les populations concernées et soutenues par des politiques publiques appropriées. Le risque que le riz devienne toxique rappelle que le réchauffement climatique a des effets concrets sur notre alimentation quotidienne.
Source : The Lancet
