La chaleur et la pluie à plus de 4000 mètres d’altitude rendent la montagne de plus en plus fragile. Le guide de montagne Harry Lauber a photographié des cascades d’eau sur le Cervin, un cliché qui est devenu viral sur Internet.
Le 25 juin 2026, des images du Cervin, traversé par de spectaculaires cascades d’eau, ont fait le tour des réseaux sociaux. Ce phénomène a été capturé par Harry Lauber, un guide de montagne de 78 ans basé à Zermatt, qui a déclaré : « À Zermatt, il n’y a eu que quelques gouttes de pluie, mais un orage s’est formé au sommet du Cervin. »
Ce phénomène est causé par la topographie de la montagne, où l’air chaud remonte le long des parois escarpées, favorisant le développement d’orages localisés. L’eau s’écoule ensuite le long des parois, formant ces cascades, un spectacle éphémère durant seulement cinq à dix minutes.
Une combinaison de facteurs
Bien que la chaleur ait frappé les plus hautes altitudes, cet épisode n’est pas un record. Selon Luca Nisi, météorologue chez MétéoSuisse, les températures positives autour de 5000 mètres d’altitude sont devenues fréquentes. « Au cours des trois dernières années, le zéro thermique a dépassé les 5000 mètres pendant au moins trois jours chaque été. Le record reste celui de 2023, avec l’isotherme du zéro degré s’élevant jusqu’à environ 5300 mètres. » Le jour où Lauber a photographié les cascades, le zéro thermique était autour de 4500 mètres.
Ce qui rend cet épisode exceptionnel, c’est la présence simultanée d’un orage intense. « Cet événement est rare, car il combine une masse d’air exceptionnellement chaude et des précipitations orageuses sur les crêtes alpines. » Ce soir-là, environ 20 millimètres de précipitations ont été mesurés au sommet du Cervin, et jusqu’à 50 millimètres sur le Mont Rose et le Mont Charvin. Sur une paroi presque verticale comme celle du Cervin, l’eau s’écoule immédiatement vers la vallée, donnant naissance aux cascades observées.
La montagne fragile
Ce phénomène illustre comment le changement climatique transforme la haute montagne. Lorsque la pluie tombe à des altitudes élevées, l’eau s’infiltre dans les fiss de la roche, atteignant le pergélisol, une couche de terre et de roche qui reste gelée. La chaleur de l’eau accélère le dégel, rendant la montagne instable et sujette aux éboulements. Cristian Scapozza, professeur de géomorphologie, souligne que l’eau est plus efficace que l’air pour transporter la chaleur, ce qui accentue cette inquiétude.
Le Cervin est particulièrement surveillé par des chercheurs, notamment l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), qui a observé des processus de déstabilisation liés à la dégradation du pergélisol. Un événement marquant s’est produit le 13 juin 2023, lorsque un pilier rocheux s’est effondré sur la paroi, sans causer de blessés.
Harry Lauber, qui a vécu à Zermatt toute sa vie, témoigne des changements visibles : « Cette année, c’est la première fois que je vois la face complètement dépourvue de glace. Il y a encore quelques années, il restait au moins deux grandes coulées de glace, même en été. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. »
Source : Swissinfo.ch