États-Unis : 250 ans de transformation profonde de l’environnement
Les États-Unis célèbrent leur 250ᵉ anniversaire en pleine période de régression environnementale, marquée par des attaques contre les scientifiques et un recul sur les politiques climatiques, notamment sous l’égide de l’ancien président Donald Trump. Ce dernier a également renforcé un impérialisme expansionniste, comme en témoigne le conflit en Iran.
Malgré ce contexte, c’est d’outre-Atlantique que proviennent certaines idées fondamentales de l’écologie politique en France et en Europe. Les premiers espaces naturels préservés, les liens entre antiracisme et écologie, ainsi que les modes d’auto-organisation des communautés locales, sont des contributions notables.
Emmanuelle Perez-Tisserant, maîtresse de conférence à l’université Toulouse-Jean-Jaurès et spécialiste de l’histoire environnementale des États-Unis, aborde cette phase contemporaine dans son ouvrage Le moment orwellien (Seuil, 2026).
Une histoire coloniale marquante
Les États-Unis possèdent une longue histoire coloniale, façonnée par des colonisations successives et une colonisation intérieure qui a entraîné l’éradication des populations autochtones et la mise en place de l’esclavage. Cette dualité explique une forte conscience des enjeux environnementaux, mais également une résistance à les intégrer dans le tissu social.
L’historien Frédérick Jackson Turner a théorisé, en 1893, l’importance de la « frontière » pour les États-Unis, soulignant que le caractère américain émerge de la confrontation avec la « nature sauvage », incluant les populations autochtones dans cette catégorie. Ce mythe a été réactivé par John F. Kennedy en 1960, lorsqu’il a évoqué une « nouvelle frontière » à conquérir : l’espace.
Une écologie décoloniale en émergence
Des voix amérindiennes et des historiens contemporains cherchent à déconstruire le mythe de la frontière, révélant sa dimension coloniale. Ils soulignent que la nature, souvent considérée comme « sauvage », était déjà anthropisée par les populations autochtones. Des parallèles sont également établis entre l’exploitation de la nature et celle des populations amérindiennes et afrodescendantes.
Les historiens relient les ravages ethnoraciaux de l’esclavage aux conséquences environnementales de la culture du coton, qui consomme d’importantes quantités d’eau et appauvrit les sols. Ce dialogue est en cours, bien que complexe.
Conclusion
La situation actuelle des États-Unis, avec un leadership qui semble ignorer les enjeux environnementaux, soulève des questions sur l’avenir de l’écologie politique. Les mouvements sociaux, bien que présents, n’ont pas encore réussi à mobiliser une réponse collective suffisante face aux défis environnementaux et sociaux.
Source : Reporterre
