L’Inde, centre névralgique de l’antibiorésistance
Une consommation dérégulée
L’Inde est le premier consommateur mondial d’antibiotiques en volume absolu. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle n’atteint toujours pas l’objectif international consistant à limiter l’usage des antibiotiques « Watch », les plus susceptibles de générer des résistances. En effet, seuls 57,7 % des antibiotiques consommés appartiennent à la catégorie « Access », les moins à risque, alors qu’un objectif de 70 % a été fixé.
Le coût d’une consultation médicale, l’engorgement hospitalier, la faiblesse des systèmes d’assurance santé et le poids du travail informel favorisent l’achat d’antibiotiques en pharmacie plutôt qu’un diagnostic médical complet, un facteur majeur de sélection bactérienne. Une analyse sur 28 000 visites médicales dans des centres de soins primaires indiens révèle que près de deux tiers des consultations se soldent par la prescription d’antibiotiques, un niveau largement supérieur aux recommandations de l’OMS.
La crise de l’antibiorésistance peut être perçue comme une « syndémie », se combinant aux comorbidités sociales, géographiques et économiques, qui aggravent les dysfonctionnements et les vulnérabilités.
L’élevage industriel représente également un facteur aggravant. Environ 85 % des exploitations avicoles indiennes utilisent des antibiotiques critiques, souvent à des fins préventives ou comme facteurs de croissance, pratiques interdites en Europe. Cette utilisation massive dans les filières animales favorise la diffusion de bactéries résistantes par divers canaux : alimentation, eaux contaminées, sols agricoles et contacts humains. Contrairement aux systèmes fortement régulés, le contrôle des usages vétérinaires demeure fragmenté en Inde et varie considérablement selon les États et les filières de production.
Source : PMC, OMS, Aeon, PMC, Cairn, ScienceDirect, The Bureau.
