Afrique : comment l’Église orthodoxe russe étend son influence – Bénin Check

Afrique : comment l’Église orthodoxe russe étend son influence

L’exarchat patriarcal d’Afrique de l’Église orthodoxe russe a récemment démenti les allégations selon lesquelles des Africains seraient recrutés pour participer aux opérations militaires russes. Ce démenti fait suite à des accusations relayées par divers médias, évoquant l’envoi d’étudiants africains en Russie dans des séminaires religieux, qui auraient ensuite été mobilisés pour combattre en Ukraine.

Cette clarification soulève une question cruciale : quel rôle joue réellement l’Église orthodoxe russe dans la stratégie d’influence de Moscou en Afrique ? L’Église semble de moins en moins un simple acteur spirituel et de plus en plus un outil de projection politique et stratégique au service du Kremlin. L’expansion de l’Église orthodoxe russe sur le continent africain s’inscrit dans une nouvelle dimension de la diplomatie russe, où religion, communication et sécurité s’entrelacent pour structurer une influence durable.

Une Église au cœur de la stratégie d’influence russe

La présence de l’Église orthodoxe russe (EOR) en Afrique s’est intensifiée à partir de 2021, année où Moscou a rompu avec le Patriarcat d’Alexandrie et a créé l’Exarchat patriarcal d’Afrique. Cette rupture est sans précédent dans le monde orthodoxe, où chaque Église possède traditionnellement un territoire canonique défini. En instaurant une structure couvrant l’ensemble du continent africain, Moscou rompt avec cette tradition et s’impose dans une zone déjà administrée par une autre autorité.

Officiellement, l’Église orthodoxe russe soutient avoir répondu à des demandes de prêtres africains souhaitant rejoindre son Patriarcat. Cependant, cette justification est perçue par de nombreux observateurs comme une couverture pour établir un réseau religieux parallèle, permettant à Moscou d’installer une influence durable dans les sociétés africaines.

Une implantation rapide et structurée

L’EOR a mis en place une organisation religieuse couvrant une grande partie de l’Afrique, reposant sur :

  • Deux diocèses principaux : un diocèse d’Afrique du Sud couvrant 23 pays, et un diocèse d’Afrique du Nord englobant 31 pays.
  • Plus de 350 paroisses réparties dans plus de 30 pays africains.
  • Environ 250 prêtres, dont une grande partie provient de l’Église orthodoxe d’Alexandrie.

Cette croissance rapide, présentée par Moscou comme un succès missionnaire, révèle une stratégie d’implantation structurée, visant à créer un réseau d’influence capable d’agir sur le long terme. Dans cette optique, la religion devient un point d’entrée dans les sociétés locales, facilitant l’établissement de relations sociales, éducatives et culturelles.

Une alliance entre religion, politique et sécurité

L’un des aspects les plus marquants de cette expansion est la proximité entre l’Église orthodoxe russe et les structures politiques ou militaires russes. Dans plusieurs pays africains, l’implantation de l’Église s’est faite parallèlement à l’arrivée de sociétés militaires russes, notamment le groupe Wagner. Entre 2017 et 2023, des observateurs ont constaté que les zones d’implantation religieuse correspondaient souvent aux zones de déploiement des mercenaires russes.

L’Église pourrait ainsi légitimer la présence russe, en offrant une dimension morale à des interventions militaires souvent controversées.

Les controverses liées au recrutement militaire

Des accusations de recrutement d’Africains pour la guerre en Ukraine ont alimenté la polémique autour du rôle de l’Église orthodoxe russe. Des faits troublants ont été rapportés, notamment le soutien ouvert de l’EOR à la guerre en Ukraine et l’envoi d’étudiants africains vers le front.

Malgré le démenti de l’EOR, la stratégie semble se dessiner : des Africains, en particulier des étudiants, s’inscrivent dans des séminaires orthodoxes, mais sont ensuite utilisés comme main-d’œuvre avant d’être envoyés combattre.

L’Église orthodoxe russe est accusée d’instrumentalisation politique, utilisant la religion comme vecteur d’influence. Cette situation soulève des questions sur le contrôle exercé sur les prêtres envoyés en Afrique et leurs activités.

Reste à voir si les sociétés africaines accepteront durablement cette forme d’influence ou si elles la percevront comme une nouvelle tentative d’ingérence étrangère.

Source : Bénin Check

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *