Albanie : le projet immobilier controversé de la famille Trump met en péril l’adhésion à l’UE
Depuis un mois, des milliers d’Albanais descendent quotidiennement dans les rues pour s’opposer à la construction d’une station balnéaire de luxe. Ce projet immobilier, évalué à 1,6 milliard de dollars, est porté par Ivanka Trump, la fille de l’ancien président américain, et son mari Jared Kushner. L’immense chantier, qui doit débuter sur une partie préservée du littoral, suscite l’indignation de nombreuses ONG de protection de l’environnement. Le gouvernement albanais, dirigé par le Premier ministre Edi Rama, défend ce projet, convaincu qu’il pourrait transformer son pays, l’un des plus pauvres d’Europe, en une destination majeure du tourisme de luxe dans les Balkans. Rama a affirmé début juin qu’il n’y avait « aucune chance que cet investissement soit suspendu tant que j’occuperai ce poste ».
Le mouvement d’opposition, surnommé la « révolution des flamants roses », ne faiblit pas et les tensions s’exacerbent, avec des appels croissants à la démission d’Edi Rama. Les critiques à l’encontre du gouvernement ont atteint Bruxelles. Le 1er juillet, Tineke Strik, députée européenne néerlandaise, a averti dans le Guardian que Tirana « jouait avec le feu » en poursuivant ce projet, qui pourrait détruire le littoral. Le projet comprend deux complexes balnéaires : l’un sur un littoral très protégé, l’autre sur la seule île du pays.
L’intérêt des institutions européennes est d’autant plus marqué que l’Albanie est engagée dans un processus d’adhésion à l’Union européenne, soutenu par 92 % des Albanais. Edi Rama a été élu pour un quatrième mandat en 2025, promettant que l’Albanie rejoindrait l’UE d’ici 2030. Toutefois, pour que cette candidature soit acceptée, le pays doit s’aligner sur la législation européenne, y compris en matière environnementale. Tineke Strik a mis en garde : « Si Edi Rama est vraiment sérieux quant à ses ambitions européennes, il devrait renoncer à cette stratégie et dire au clan Trump : ‘Désolé, l’UE est ma priorité absolue' ».
En juin, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a également souligné que l’Albanie devait aligner sa législation environnementale sur l’acquis communautaire. Le Parlement européen a exprimé son soutien aux manifestants, en exigeant l’arrêt des travaux dans les zones protégées. Le porte-parole de la Commission européenne a fait part de ses préoccupations concernant le projet, mais le ministre albanais de l’Environnement a indiqué que les travaux de construction étaient « suspendus », bien que des sources rapportent le contraire, affirmant que ceux-ci continueraient jusqu’à ce que l’Albanie se conforme aux normes de l’UE.
Source : L’Express
