Mariage : cette réalité que découvrent les divorcés et les veufs bien trop tard
Une femme appelle sa meilleure amie pour annoncer sa séparation. Elle s’attend à des larmes, des soirées pyjama, du soutien. Elle reçoit des mots gentils… puis cette phrase : « Du coup, ce week-end, on va rester entre couples. » En un coup de fil, elle découvre ce que beaucoup de divorcés et de veufs comprennent trop tard : le mariage peut vous fermer des portes dès que vous n’êtes plus à deux.
En France, environ 240 000 à 250 000 mariages sont célébrés chaque année, tandis qu’environ 124 000 s’achèvent. Près de 45 % des unions conclues aujourd’hui finiront par un divorce. Ces chiffres cachent des leçons concrètes sur les amis qui se font rares, le droit qui s’invite dans l’intime et l’argent qui ne se partage pas si facilement.
Ce que l’après-coup révèle : le mariage change aussi vos amitiés
Les chercheurs évoquent le terme de singlism pour décrire la tendance à stéréotyper et marginaliser les personnes seules. Ashley E. Ermer et Jaclyn Elisa Keenoy ont observé que « les personnes mariées ne se rendent souvent pas compte qu’elles perpétuent le singlism avant d’être redevenues célibataires après une rupture conjugale ». Un autre concept, le dyadic withdrawal, fait référence au repli du couple sur lui-même, où les couples passent de plus en plus de temps ensemble et de moins en moins avec leurs proches, surtout ceux qui n’ont pas de partenaire.
Lorsque le divorce ou le veuvage survient, ce rétrécissement du cercle social se paie cher. Des études montrent que la perte d’un conjoint est parmi les événements de vie les plus traumatisants, juste après la perte d’un enfant, et que la désorganisation qui suit le décès semble plus forte chez les femmes. Des recherches menées à Oxford soulignent que, pour les femmes plus âgées redevenues célibataires, la famille et les amis deviennent une source de soutien décisive. Celles qui ont traversé cette étape savent à quel point il est précieux de maintenir des liens en dehors du couple.
Les chiffres cachés derrière le « oui » : temps, âge, risque de rupture
Selon l’Insee, le nombre de divorces a atteint un pic d’environ 155 000 en 2005 avant de reculer. Les séparations surviennent plus tard : les futurs ex ont en moyenne 46 ans, car ils se marient plus âgés, vers 38 ans. Les couples restent ensemble environ 15 ans avant de divorcer, contre 12 ans au début des années 1970. Les premières années restent délicates, avec un « cap » particulièrement fragile autour de la cinquième année de mariage, les troisième et quatrième années étant déjà à risque.
Un quart des mariages célébrés aujourd’hui sont des remariages pour au moins l’un des conjoints. Ces secondes noces interviennent plus tard dans la vie et reposent souvent sur une vision moins romanesque et plus concrète de la vie à deux. Ceux qui ont déjà vécu un mariage se terminant savent qu’une union n’échoue pas en un jour, mais sous le poids de petits déséquilibres jamais vraiment traités.
Contrat civil, argent, protection : le côté caché de l’alliance
En droit français, le mariage débute par la publication des bans et peut être bloqué par un ascendant, un tuteur ou le procureur de la République si une condition légale manque : âge minimum, lien de parenté trop proche, altération des facultés personnelles, ou mariage simulé. L’opposition doit être signifiée par un commissaire de justice et ne disparaît qu’après mainlevée, parfois devant un tribunal. Se marier, c’est entrer dans un contrat contrôlé par l’État.
Lorsque ce contrat se défait, surtout via le divorce par consentement mutuel introduit en 1975 et simplifié en 2003, les conséquences économiques sont significatives. Les ex-épouses perdent en moyenne 18 % de leurs revenus après la séparation, contre 3 % pour les hommes, avec des chutes pouvant dépasser un quart du budget pour les femmes les moins aisées. Beaucoup de personnes ayant connu une rupture abordent alors une nouvelle union différemment, discutant du régime matrimonial, des dettes, de la protection des enfants, des assurances, et de l’importance de conserver un réseau social et des ressources personnelles.
Source : Marie France