En RDC, la paix sur le papier, la guerre sur le terrain

En RDC : La paix sur le papier, la guerre sur le terrain

Vendredi, devant le Conseil de sécurité, James Swan, le nouveau chef de la mission de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUSCO), a souligné l’urgence de maintenir l’élan diplomatique. « Il est désormais impératif que l’élan soit maintenu et que les engagements pris par les signataires soient pleinement mis en œuvre », a-t-il déclaré. Malgré ces efforts, la réalité sur le terrain reste préoccupante : les accords de paix existent, mais le conflit perdure.

En janvier 2025, le Mouvement du 23 mars (M23) a réalisé une avancée militaire significative dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Quelques mois plus tard, un accord de paix a été signé à Washington entre la RDC et le Rwanda, ce dernier étant accusé par les Nations unies de soutenir le M23, qui se positionne comme défenseur des Tutsis congolais.

Parallèlement, le processus de Doha, impliquant le gouvernement congolais et le M23, a ouvert la voie à des négociations plus larges, soutenues par le Qatar, les États-Unis, la Suisse et l’Union africaine. Cependant, les combats se poursuivent, avec des affrontements violents signalés entre le M23, soutenu par les forces rwandaises, et l’armée congolaise, alliée aux groupes d’autodéfense Wazalendo. Des conflits se concentrent autour de Rubaya, un bassin minier clé, ainsi que dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

La guerre a évolué, s’accompagnant d’une intensification des moyens militaires, tels que des drones et des armes lourdes, mettant en danger les civils et les infrastructures. Bien que le M23 ait partiellement retiré ses troupes de certaines zones, cela ne représente pas un désengagement complet. Le groupe continue de maintenir des administrations parallèles dans des territoires comme Goma et Bukavu.

La vérification du cessez-le-feu est désormais une priorité. James Swan a appelé à un déploiement rapide des mécanismes nécessaires, soulignant que les groupes armés doivent respecter leurs engagements pour que la paix devienne une réalité tangible.

La menace ne se limite pas au M23. Dans le Nord-Kivu et l’Ituri, les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise lié à l’État islamique, poursuivent leurs attaques. Depuis la dernière réunion du Conseil, les ADF ont été responsables de la mort de 287 civils en Ituri, dont 44 femmes. Dans le territoire de Beni, 66 autres personnes ont été tuées récemment, dont 17 femmes et trois enfants.

Depuis le 19 mars, la MONUSCO a enregistré 632 morts civils dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Au cours de la même période, 1 221 violations des droits humains ont été documentées, incluant des violences sexuelles, touchant au total 2 968 victimes.

La mission onusienne a intensifié ses patrouilles autour des zones ciblées par les ADF, et plus de 2 000 patrouilles conjointes avec l’armée congolaise ont été menées depuis mars. Toutefois, la MONUSCO fait face à une crise financière qui limite ses capacités d’intervention, alors que les besoins humanitaires explosent.

Actuellement, près de 27 millions de personnes, soit plus d’un quart de la population congolaise, souffrent d’insécurité alimentaire. Le plan humanitaire pour 2026 vise à aider 7,3 millions de personnes, mais son financement est assuré à peine à 50 %.

De plus, l’épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai, complique les efforts humanitaires dans une région déjà marquée par des conflits. L’Organisation mondiale de la santé coordonne la réponse, mais le risque de propagation demeure élevé.

Dans ce contexte, la paix en RDC ne dépend plus uniquement des accords signés, mais nécessite également la réouverture des routes, la protection des travailleurs humanitaires et le rétablissement d’une autorité étatique effective.

James Swan a conclu en appelant les parties prenantes à « tenir le cap vers une paix durable », laissant planer l’incertitude quant à la capacité de la réalité militaire à suivre le rythme des initiatives diplomatiques.

Source : MONUSCO, Conseil de sécurité de l’ONU.

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