Permis de travail expiré | Une criminologue qui ne peut pas être criminologue

Permis de travail expiré : Une criminologue qui ne peut pas être criminologue

Pendant plusieurs mois, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de Montréal a cherché à conserver Margaux Coicaud, une criminologue française. Le problème ne résidait pas dans ses compétences, mais dans les formalités administratives liées à son permis de travail.

Arrivée au Québec en 2016, Margaux Coicaud, 29 ans, est diplômée en criminologie et en psychoéducation de l’Université de Montréal. Membre de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec, elle travaille à la DPJ de Montréal dans l’évaluation et l’orientation des signalements. Toutefois, son permis de travail fermé a expiré le 30 mai dernier, rendant sa situation professionnelle problématique.

Au Québec, certaines professions bénéficient d’une procédure accélérée pour l’embauche de travailleurs étrangers en cas de pénurie de main-d’œuvre. Les travailleurs sociaux figurent sur cette liste, mais les criminologues n’y sont pas inclus. Dans son service, les distinctions entre professions sont floues, car ses collègues, qu’ils soient travailleurs sociaux ou criminologues, exercent des fonctions similaires.

Les ressources humaines de la DPJ ont d’abord tenté de reclasser son emploi sous le code de classification nationale des professions (CNP) des travailleurs sociaux, mais cette démarche a été refusée par l’immigration, qui a estimé que la profession ne correspondait pas à son ordre professionnel. Après plusieurs mois de négociations, une solution a été trouvée : son emploi a été associé au code CNP des travailleuses des services sociaux et communautaires, éligible à la procédure accélérée.

Cette situation souligne une incohérence, car pour permettre à une criminologue de continuer son travail, il a fallu lui attribuer une autre profession. Margaux Coicaud a déclaré : « Ça ne change rien à mes tâches. C’est juste un code. Mais je trouve ça compliqué. On vient se former au Québec. On veut travailler ici, mais on ne peut pas travailler. »

Cette problématique se déroule dans un contexte où la DPJ de Montréal fait face à une demande croissante, avec plus de 650 enfants en attente d’évaluation, dont une soixantaine depuis plus de 100 jours.

Pour l’Ordre professionnel des criminologues du Québec, la situation de Margaux Coicaud n’est pas unique. Son directeur général, David Henry, a souligné qu’il n’était pas au courant de cette exclusion de la liste des professions admissibles. Selon lui, les besoins en criminologues sont réels, notamment dans les centres jeunesse et les services correctionnels.

La classification des criminologues par les autorités fédérales contribue à cette exclusion. Ils sont regroupés dans la catégorie « autres professionnels », avec des métiers tels que les anthropologues et les géographes. L’Ordre tente depuis plusieurs années de faire modifier cette classification.

Aujourd’hui, Margaux Coicaud possède un permis de travail transitoire valide jusqu’en avril 2027, tandis que son dossier de résidence permanente est en cours de traitement. Elle reste convaincue qu’elle finira par obtenir la résidence permanente, mais la logique des procédures administratives continue de la déconcerter.

« Le Québec forme des jeunes dans un domaine où il y a une pénurie de personnel, pour finalement les renvoyer sans possibilité de rester. Je trouve que tout ça est un peu ridicule », a-t-elle conclu.

Source : La Presse.

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