« Je me suis dit qu’il n’y aurait pas mille opportunités comme celle-ci » : après 30 années à travailler le fer en Lorraine, Sébastien plaque tout pour s’occuper des pèlerins dans le Lot
Sébastien Dechoux a décidé de tout quitter, son travail, sa région, ses amis, pour s’inventer une nouvelle vie. C’est dans le petit département du Lot qu’il a trouvé son bonheur. Cet ancien acteur de la métallurgie en Lorraine a opéré un changement de vie radical, tirant un trait sur trente ans d’activité, pour reprendre un hébergement d’accueil des pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Après avoir été séduit par la ville de Cahors lors d’une de ses nombreuses marches, il a décidé de se lancer il y a quatre ans.
À 52 ans, Sébastien Dechoux a pris une décision que peu de personnes osent prendre : tourner le dos à toute sa vie professionnelle pour repartir de zéro. Ancien ferronnier et chef de chantier, ce Mosellan originaire de Metz a quitté la filière de la métallurgie et de la ferronnerie pour reprendre un gîte pour les pèlerins à Cahors. Cette reconversion inattendue est née après le Covid et après plusieurs centaines de kilomètres parcourus sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. « Quand j’ai repris cet hébergement, je me suis dit je me laisse deux ans et je vois », explique celui qui gère toujours le Relais des Jacobins.
Rien ne le destinait à cette vie. Sébastien a commencé à travailler à 17 ans, d’abord dans une entreprise d’assemblage mécanique où il a gravi tous les échelons pendant près de vingt ans. Après une liquidation judiciaire, il a créé sa propre société spécialisée dans la ferronnerie et la serrurerie, mais la rentabilité n’était pas au rendez-vous. Il se réoriente alors comme chef de chantier dans une entreprise de métallurgie. En 2020, avec la crise sanitaire, l’entreprise ferme ses portes et Sébastien se retrouve au chômage, une période difficile qui va pourtant marquer un tournant dans sa vie.
Pendant les confinements, il découvre la randonnée. En 2021, il se lance le défi de parcourir le chemin de Stevenson pendant quinze jours, une expérience qui lui donne envie d’aller plus loin. L’idée de partir sur les chemins de Compostelle s’installe peu à peu dans son esprit. Après quelques missions d’intérim, il sent que le moment est venu de changer de vie. Il refuse une nouvelle mission et prend la direction du Puy-en-Velay pour entamer son pèlerinage. Trois mois plus tard, il revient avec la conviction de vouloir reprendre un gîte pour accueillir d’autres pèlerins.
De retour à Metz, il ne se voit pas reprendre son ancien travail. « J’étais totalement dépaysé et je voulais continuer à marcher », raconte-t-il. Il traverse à nouveau le Lot et, en parcourant les annonces, il tombe sur celle du Relais des Jacobins à Cahors. « Je me suis dit qu’il n’y aurait pas mille opportunités comme celle-ci. Le lendemain, j’étais à Cahors pour signer », se souvient-il.
Après plusieurs semaines de démarches administratives, il reprend officiellement l’établissement le 24 février 2022. Chaque année, pendant plus de six mois, il accueille des marcheurs venus du monde entier. Le reste du temps, il profite d’un rythme de vie radicalement différent de celui qu’il connaissait auparavant. « Je vais marcher pendant deux mois en Espagne sur les nombreux chemins de Compostelle. Après ça, je pars aussi deux mois en vacances », détaille-t-il. Une liberté qu’il apprécie particulièrement après plus de trente ans passés dans l’industrie.
Sébastien Dechoux incarne une reconversion audacieuse, illustrant le potentiel de réinvention personnelle face à des circonstances imprévues.
Source : La Dépêche