Ces supportrices qui n’existent pas : comment l’IA hypersexualise le Mondial 2026
Depuis le début de la Coupe du monde de football, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos de supportrices « au visage parfait » filmées dans les tribunes. Pourtant, la plupart de ces femmes n’existent pas : elles sont générées par intelligence artificielle, dans un but souvent lucratif.
L’Observatoire européen des médias numériques (EDMO) et sa branche belge, EDMO BeLux, ont documenté ce phénomène. Ces images, souvent partagées par de faux comptes, monétisent les vues via les programmes de rémunération des plateformes. De nombreux comptes dirigent également vers des espaces payants tels qu’OnlyFans ou Fanvue, qui se concentrent sur des contenus générés par IA.
L’essor de ce phénomène n’est pas récent. Tout a commencé le 4 mai 2026, lorsqu’une vidéo intitulée « une Coréenne ordinaire » a été postée sur X. Cette vidéo, montrant une jeune femme dans les tribunes d’un match de baseball en Corée du Sud, a été vue environ quinze millions de fois avant que l’on ne découvre qu’elle avait été générée par IA.
À l’ouverture de la Coupe du monde le 11 juin, cette tendance s’est naturellement étendue au football. Des fact-checkeurs ont relevé plusieurs séquences, comme celle d’un match entre le Brésil et le Maroc, où une vidéo a circulé montrant un supporter brésilien fixant la poitrine de sa voisine. Cette scène, cependant, n’a jamais eu lieu ; des incohérences dans la vidéo ont été mises en évidence.
Les images générées par IA ne se contentent pas d’inventer des supportrices, elles effacent également des personnes réelles. Par exemple, lors d’un match entre l’Allemagne et le Curaçao, une photo de trois supportrices allemandes a été largement partagée, alors que la retransmission montrait en réalité deux femmes et un homme célébrant un but.
Ce phénomène s’inscrit dans une longue tradition de « honey shots », où les caméras se concentrent sur des spectatrices séduisantes. En 2018, Getty avait publié une galerie intitulée « The Sexiest Fans », retirée par la suite sous la pression des critiques. Avec l’IA, il n’y a plus de consentement à demander, et ces images, plus réalistes que jamais, sont produites en masse.
Les visages générés par IA suivent des standards de beauté très spécifiques, avec des traits souvent similaires : grands yeux, nez fin, peau claire. Cela a des conséquences sur les jeunes, qui se comparent à des femmes qui n’existent même pas. Des chirurgiens esthétiques rapportent que des patientes arrivent avec des photos retouchées par IA, demandant des transformations parfois irréalistes.
Cette hypersexualisation des supportrices par l’IA soulève des questions éthiques et sociales sur la représentation des femmes dans les médias et l’impact sur l’image corporelle des jeunes.
Source : Franceinfo
