À Locquémeau, le champagne Drappier refait surface après six ans sous la Manche

À Locquémeau, le champagne Drappier refait surface après six ans sous la Manche

Jeudi 25 juin, en milieu de matinée, un bateau généralement utilisé pour la pêche à la moule s’est amarré au bout de la jetée du port de Locquémeau, à l’ouest de Lannion (22). À son bord, une cargaison précieuse et insolite : quatre caisses métalliques contenant environ 1 500 bouteilles de champagne, dont les plus anciennes ont déjà passé dix ans dans les caves de Champagne avant de tenter l’aventure bretonne.

Ce trésor avait été immergé le 4 octobre 2020, dans un lieu gardé secret de la baie, à 31 mètres de profondeur. À l’origine de cette expérience, la maison Drappier, une institution réputée de l’Aube, connue notamment pour avoir fourni le champagne de prédilection du général de Gaulle lors de ses réceptions privées à Colombey-les-Deux-Églises.

La maison familiale a mis en œuvre ce procédé « depuis une quinzaine d’années », précise Hugo Drappier. L’idée a émergé, comme chez d’autres viticulteurs, en 2010, après la découverte de flacons préservés dans une épave de la mer Baltique, après 170 ans d’immersion. « Nous avons mené des essais en rade de Brest, dans l’océan Indien, l’Atlantique ou en Méditerranée », ajoute-t-il. L’objectif est de recréer des conditions de vieillissement optimales – température constante, obscurité totale, absence d’oxygène – pour comparer le résultat avec une bouteille « jumelle » élevée traditionnellement en cave.

Sur le quai, la prudence est de mise : sous la pression, quelques bouchons sautent spontanément, libérant leur précieux nectar. Hugo Drappier en explique la cause : durant ces années sous-marines, l’eau salée a progressivement rongé le métal des muselets. Si la pression marine compensait celle du gaz en profondeur, le retour à l’air libre rompt brutalement cet équilibre. Face aux badauds curieux, un employé de la maison s’active à re-museler d’urgence les flacons.

À terme, ces bouteilles recouvertes de concrétions marines seront proposées dans des coffrets duos, aux côtés de leur « sœur terrestre ». Dans le verre, « on a tendance à avoir des fraîcheurs plus importantes », souligne Hugo Drappier. À l’inverse, le vieillissement classique en cave offre un profil « plus exubérant, tourné vers le fruit, mais évoluant plus rapidement ». La Manche jouerait ici le rôle de ralentisseur temporel.

Source : Le Télégramme.

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