TotalEnergies maintient le plafonnement des prix dans certaines stations-service
L’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a permis la libération de trois des cinq pétroliers de TotalEnergies bloqués dans le Golfe Persique. Cependant, le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, exprime des réserves : « La question est : est-ce qu’on peut les ramener pour les remplir ? » Cette situation ouvre une période d’observation, alors que les armateurs hésitent à traverser le détroit d’Ormuz, malgré un apaisement diplomatique.
Une décision stratégique : cibler les zones fragiles
Sur les 3 300 stations-service du réseau TotalEnergies, seules 1 200 conservent un plafonnement à 1,99 euro le litre pour l’essence et 2,25 euros pour le diesel. Les 2 300 autres affichent des prix entre 1,80 et 1,90 euro, rendant l’intervention du groupe « plus légitime à ce niveau-là », selon Patrick Pouyanné. Ainsi, le plafonnement ne concerne que 36,4 % du réseau, principalement dans des zones à faible densité de consommation.
En milieu urbain et périurbain, la rotation rapide des stocks permet d’intégrer rapidement les baisses du marché. En revanche, dans les zones rurales, la faible fréquentation allonge les délais d’écoulement des stocks, constitués durant la flambée des prix, lorsque le baril dépassait les 95 dollars.
Les stocks constitués à prix fort : le vrai problème des petites stations
Patrick Pouyanné a affirmé : « S’il y a des zones du territoire, je pense aux zones rurales qu’il faut continuer à protéger, nous maintiendrons la me pour les zones en question. » Cependant, cette protection met en lumière une asymétrie structurelle du marché français des carburants. Les stations urbaines, approvisionnées quotidiennement, ajustent leurs tarifs rapidement, tandis que les points de vente ruraux, parfois ravitaillés une fois par semaine, subissent un handicap.
Le plafonnement devient alors une subvention déguisée, assumée par TotalEnergies pour éviter une désertification commerciale dans les territoires isolés.
Les marges de raffinage : un frein à la baisse des prix
Patrick Pouyanné a fourni une analyse chiffrée : « Les produits pétroliers sont à 95 dollars le baril : 80 dollars plus 15 dollars de marge de raffinerie. Encore loin des 60 dollars d’avant la guerre au Moyen-Orient. » La marge de raffinage représente donc 18,75 % du prix final, contre environ 10 % en temps normal. Cette situation est due aux dommages subis par les raffineries du Moyen-Orient et de Russie, réduisant la capacité mondiale de transformation du pétrole brut.
Les infrastructures endommagées : un délai de 6 mois
Le dirigeant a précisé qu’il faudra six mois pour remettre en état la raffinerie détenue avec Aramco en Arabie saoudite. Pendant cette période, les marges resteront élevées et les prix à la pompe stagneront, entraînant des tarifs supérieurs de 30 à 40 % aux niveaux pré-crise pour les automobilistes.
Cette lente reconstruction des capacités industrielles rappelle les tensions sur d’autres matières premières, où les chocs climatiques ou géopolitiques provoquent des déséquilibres durables. Patrick Pouyanné anticipe une transformation profonde du secteur énergétique, avec une tendance vers des sources d’énergie alternatives.
Source : Le Figaro, Économie Matin
