Coupe du Monde : À Los Angeles, l’hymne iranien sifflé, mais la sélection largement soutenue
Comment soutenir une équipe sans soutenir un régime ? À Los Angeles, où vit une importante communauté iranienne, la Coupe du monde met en lumière les divisions d’une diaspora partagée entre passion du football et opposition au pouvoir de Téhéran. Une situation qui place également les joueurs sous pression.
Des milliers de supporters ont scandé « Iran ! Iran ! Iran ! » lors de la rencontre entre l’Iran et la Belgique, ce dimanche 21 juin. Ce soutien, bien que surprenant compte tenu du contexte géopolitique, trouve son explication dans l’importante diaspora iranienne de Los Angeles, souvent surnommée « Tehrangeles ».
Le paradoxe était frappant. Quelques instants avant ce soutien, l’hymne national iranien avait été sifflé par une partie du public. Certains supporters arboraient l’ancien drapeau iranien, tandis que d’autres portaient des tee-shirts hostiles au régime des mollahs. Cependant, lorsque Mehdi Taremi a cru ouvrir le score face aux Belges, le stade s’est levé comme un seul homme.
À Los Angeles, les supporters face à un dilemme
Dans la Cité des Anges, où un quartier a été baptisé « Little Persia », les supporters se retrouvent souvent tiraillés entre leur passion pour le football et leurs convictions politiques. Lors des matchs face à la Nouvelle-Zélande et à la Belgique, l’hymne iranien a été hué. Plusieurs manifestations ont également eu lieu aux abords du stade, dénonçant le régime de Téhéran.
Certains ont choisi de ne pas acheter de billets, estimant que soutenir l’équipe nationale revenait à soutenir indirectement les autorités iraniennes. D’autres, en revanche, font une distinction entre les joueurs et le pouvoir politique et choisissent d’encourager leur équipe.
Des joueurs sous surveillance
Sur le terrain, les internationaux iraniens avancent également sur une ligne de crête. Lors de leurs deux dernières rencontres, ils ont chanté l’hymne national, la main sur le cœur et le regard tourné vers le drapeau, une image bien différente de celle du Mondial 2022 au Qatar, où plusieurs joueurs avaient refusé de le chanter en solidarité avec le mouvement né après la mort de Mahsa Amini.
Quatre ans plus tard, toute prise de parole politique semble risquée. Les questions des journalistes sur la situation en Iran sont systématiquement évitées. Le sélectionneur Amir Ghalenoei a déclaré : « Le football doit rester en dehors de la politique. »
Plusieurs figures du football iranien ont payé cher leurs prises de position. L’ancien international Sardar Azmoun affirme avoir été écarté de la sélection après des critiques sur les réseaux sociaux, tandis que l’ex-gardien Mohammad Rashid Mazaheri a été emprisonné après avoir attaqué publiquement le régime.
En Iran, un football populaire mais encadré
Malgré les tensions, le football demeure le sport numéro un en Iran, et la Coupe du monde est suivie par une large partie de la population. Le régime est très attentif à l’image renvoyée par son équipe nationale. Une vidéo officielle diffusée par la fédération avant chaque match présente les joueurs comme des représentants des valeurs de la République islamique, une récupération dénoncée par plusieurs figures de l’opposition.
Après Los Angeles, la Team Melli disputera son dernier match de groupe à Seattle face à l’Égypte. Avant de quitter le vestiaire du SoFi Stadium, les joueurs ont tenu à laisser un message de paix : « Nous sommes venus à Los Angeles avec fierté, avons joué avec honneur et repartons avec dignité. Merci à chaque Iranien qui a donné de son cœur, de sa voix et de son âme pour l’Iran. Que la paix, le respect et l’amitié règnent entre toutes les nations. »
Source : La Dépêche
