19 juin 2026 à 09h44
Mis à jour le 19 juin 2026 à 10h39
Durée de lecture : 5 minutes
Beyrouth (Liban), correspondance
Le détroit d’Ormuz, point névralgique du transport maritime de pétrole, a rouvert ses portes après plus de deux mois de fermeture. Cette réouverture fait suite à un accord-cadre négocié entre les États-Unis et l’Iran, annoncé par le président américain Donald Trump le 15 juin, après trois mois de conflit. Ce texte est présenté comme un premier pas vers une paix durable au Moyen-Orient, bien que des discussions cruciales pour sa mise en œuvre aient été reportées sine die.
Malgré la poursuite des hostilités en Israël et au Liban, où des frappes israéliennes ont causé 25 morts libanais dans la nuit du 18 au 19 juin, des navires ont pu traverser le détroit, indiquant un certain respect de l’accord entre Téhéran et Washington.
Les enjeux liés au programme nucléaire iranien, à la levée des sanctions et aux garanties de sécurité demeurent en suspens, mais une chose est claire : le pétrole joue un rôle central dans ce rapprochement.
Un accord pour l’économie, pas les civils
Selon Layal Mansour, chercheuse en crises économiques, « les accords diplomatiques sont indissociables des ententes économiques. Le pétrole est un outil stratégique pour les États-Unis, qui sont davantage préoccupés par l’inflation et les élections de mi-mandat que par le sort des civils en Iran et au Liban. »
La réouverture du détroit d’Ormuz, qui représente environ 20 % du pétrole mondial, est donc perçue comme un soulagement pour l’économie mondiale. Depuis l’annonce de l’accord, le prix du pétrole brut a chuté de 2 à 3 dollars en moyenne, bien que les effets sur les consommateurs pourraient prendre plusieurs mois à se manifester.
« Les seules qui ont profité de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières. »
Pour Trump, cette situation pourrait lui permettre de revendiquer une victoire avant les élections de la Chambre haute en novembre prochain. Cependant, certains analystes estiment que les véritables gagnants de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières, alors que le reste du monde continue de subir les conséquences de la guerre.
Greenpeace EU rapporte que les compagnies pétrolières ont généré environ 81,4 millions d’euros de profits de guerre par jour depuis le début du conflit en Iran, uniquement dans l’Union européenne.
Bien que l’Iran puisse se prévaloir d’une victoire diplomatique, son économie reste affaiblie, avec une inflation si élevée qu’elle a conduit à l’introduction d’un billet de 10 millions de rials, et une grande partie du pays est en ruine.
Une nouvelle ère fossile
La réouverture du détroit d’Ormuz marque également un retour à des pratiques énergétiques fossiles, suscitant des inquiétudes quant à la sécurité énergétique face aux énergies renouvelables. John Noel, responsable stratégique chez Greenpeace International, souligne que cette situation pourrait renforcer la dépendance mondiale au pétrole, un signal d’alarme pour de nombreux gouvernements qui avaient commencé à réinvestir dans les énergies renouvelables.
Les 60 jours de négociations à venir entre l’Iran et les États-Unis seront cruciaux pour déterminer l’avenir de cette dynamique, alors que la guerre Iran-États-Unis a mis en lumière la nécessité de développer des alternatives énergétiques.
Source : Franceinfo, Le Monde, Greenpeace.
