(Paris) Sans souveraineté, l’Europe risque de devenir « totalement insignifiante sur le plan technologique », a mis en garde jeudi le patron de Cohere, jeune pousse canadienne d’intelligence artificielle (IA), lors d’un entretien à l’AFP en marge de VivaTech.
Aidan Gomez a souligné que « vos données, votre productivité, vos industries stratégiques, votre capacité à vous défendre, tout dépendra de ce que les autres vous autoriseront à avoir ». Cette déclaration intervient au lendemain du Sommet du G7 à Évian, où il était présent aux côtés de responsables d’entreprises d’IA telles que Sam Altman d’OpenAI et Dario Amodei d’Anthropic.
La dépendance technologique de l’Europe envers les États-Unis est devenue une préoccupation croissante, exacerbée par la récente décision du gouvernement Trump d’ordonner à Anthropic de restreindre l’accès à ses modèles les plus puissants pour les ressortissants étrangers, ce qui a conduit à leur mise hors ligne.
« C’est comme si tout le monde s’était pris un seau d’eau froide sur la tête », a commenté M. Gomez, qui vise à établir son entreprise comme une alternative souveraine sur les marchés européen et asiatique. Fondée en 2019, Cohere développe des modèles d’IA spécifiquement pour les entreprises et les gouvernements, en mettant l’accent sur des applications concrètes dans des secteurs tels que la santé, la finance, l’énergie et la sécurité nationale.
Pour garantir une véritable souveraineté, M. Gomez a insisté sur la nécessité de « garanties techniques », précisant que les solutions d’IA doivent être déployées sur des infrastructures contrôlées par une entité souveraine, c’est-à-dire une entreprise nationale. Bien que Cohere ne possède pas ses propres centres de données, elle prévoit de collaborer avec des entreprises locales comme Mistral en France et Deutsche Telekom en Allemagne.
Concernant les ressources nécessaires à la conception de modèles d’IA, M. Gomez a noté que « chaque pays ne peut pas construire les siens », appelant à la nécessité d’un certain nombre de champions répartis à travers les pays démocratiques et à une collaboration entre ces nations.
Cohere a récemment acquis la start-up allemande Aleph Alpha, créant un ensemble valorisé à environ 20 milliards de dollars, avec des sièges à Toronto et Berlin, soutenus par les deux gouvernements. L’entreprise a également établi des partenariats avec des entreprises espagnoles telles qu’Indra, spécialisée dans la défense, et Multiverse Computing, qui développe des logiciels d’IA.
M. Gomez a souligné l’existence d’un « alignement au niveau de l’histoire et des valeurs » entre l’Europe et le Canada, indiquant que l’Europe représente la deuxième source de revenus la plus importante pour Cohere, après l’Amérique du Nord. Il a noté une adoption rapide des technologies d’IA en Europe, où l’entreprise emploie 700 personnes et prépare une levée de fonds.
Enfin, en réponse aux appels de géants comme OpenAI et Anthropic à ralentir le développement de l’IA en raison des risques associés, Aidan Gomez a exprimé son scepticisme, affirmant que « personne ne va faire de pause » et que « le Canada et l’Europe doivent accélérer ».
Source : Agence France-Presse
