Quand la muse fait le mur : Scott Offen et son livre Grace
Le livre Grace de Scott Offen s’ouvre sur une image intrigante : un parallélogramme gravé par une main inconnue dans l’écorce d’un arbre, photographié sur un îlot d’un étang asséché à Boston. Offen confie n’« avoir aucune idée de ce que cela signifie », laissant au lecteur la liberté d’interpréter ce symbole comme une fenêtre vers le royaume de Grace.
Ce projet illustre une collaboration unique entre Offen et sa partenaire, qui dépasse les normes traditionnelles de la photographie. Laura McPhee, dans l’unique texte du livre, souligne que cette dynamique va au-delà de « l’homme actif derrière l’appareil et de l’épouse passive en modèle ». La couverture montre Grace, le dos nu, enveloppée de feuilles géantes, symbolisant une renaissance où une femme mûre s’harmonise avec la nature.
Offen déclare au podcast Small Photobook Cult que cette œuvre est celle à laquelle il a le moins contribué. Grace, en effet, a choisi de se dévêtir parmi les orties, et sa seule intervention a été de cadrer et déclencher. Concernant le partage de l’autorité dans leur couple, il évalue la répartition à environ « 50/50, ou peut-être 60/40 en sa faveur ».
Bien qu’Offen n’ait commencé la photographie qu’à 54 ans, il a quitté son emploi pour étudier l’art à la Massachusetts College of Art and Design. Une enseignante l’a encouragé à capturer l’intimité de son foyer, le conduisant à explorer des thèmes tels que le vieillissement féminin, souvent ignoré dans le monde de l’art.
Le livre Grace se veut une réponse à cette invisibilisation. Offen affirme qu’il s’agit d’un ouvrage féministe, délibérément dépourvu de présence masculine. La maison, avec son papier peint suranné, ne montre que des traces de Grace : un chapeau, une veste, ou l’ombre d’un pissenlit.
Dans ses photographies, Grace est souvent dépeinte dans des moments de liberté, loin des responsabilités domestiques. À l’extérieur, elle peut jouer et devenir « une déesse de ce petit coin de paysage », brandissant des tournesols fanés comme des armes.
Offen a passé sept années à travailler sur ces images, une « expérience mystique » qui a nécessité entre six et sept prises par photo. La prise de Grace enlaçant un rocher a demandé cinq ans de travail, afin de synchroniser le cycle des marées et celui du soleil.
Sa méthode photographique repose sur la discipline et la persévérance, affirmant qu’il faut « être obstiné et ne jamais s’arrêter ». Cette approche se retrouve dans des images où la clarté est parfois délibérément absente, reflétant la complexité du réexamen d’une vie.
Grace de Scott Offen est publié aux éditions L’Artiere et est disponible au prix de 60 €.
Source : Blind Magazine.
