Crédit photo : Colleen Sturtevant / WikiPortraits ; Kalai Ramu / WikiPortraits ; John Tenniel / Wikimedia Commons. Montage : J’ai piscine avec Simone, CC BY-SA 4.0.
Une campagne britannique révèle que les grands succès du box-office donnent plus souvent le premier rôle à des hommes prénommés Chris ou à des actrices de plus de 60 ans.
Un homme appelé Chris a aujourd’hui plus de chances de porter un grand succès du box-office britannique qu’une femme de plus de 60 ans. Ce constat est dressé par Age Without Limits, une campagne britannique portée par le Centre for Ageing Better, qui analyse la représentation des actrices âgées au cinéma. L’organisation a passé en revue les 100 films ayant réalisé les meilleures recettes au Royaume-Uni en 2023, 2024 et 2025. Sur ce corpus, seuls cinq films ont eu pour personnage principal une femme de plus de 60 ans. En parallèle, six films ont été portés par un acteur prénommé Chris. Selon Age Without Limits, les animaux parlants apparaissent quatre fois plus souvent en tête d’affiche qu’une actrice de plus de 60 ans.
Parmi les films cités où une actrice de plus de 60 ans occupe le rôle principal, on retrouve Allelujah avec Jennifer Saunders, My Big Fat Greek Wedding 3 avec Nia Vardalos, Book Club: The Next Chapter avec Diane Keaton, The Substance avec Demi Moore et Freakier Friday avec Jamie Lee Curtis. En revanche, les « Chris » prennent plus de place, avec des acteurs tels que Chris Pratt, Chris Pine, Chris Hemsworth ou Christian Friedel, comptabilisé pour The Zone of Interest. Dame Emma Thompson, 67 ans, soulève une question centrale : « Où sont les histoires qui parlent de nous ? ». Elle rappelle que les femmes représentent la moitié de la population et qu’elles vieillissent également, appelant le cinéma à « rattraper son retard ».
Un sondage réalisé par Opinium auprès de 4 000 adultes britanniques révèle qu’une personne sur trois estime qu’il existe trop peu de films portés par des actrices de plus de 60 ans. Cette proportion atteint presque deux sur cinq chez les femmes. En revanche, seules 3 % des personnes interrogées jugent ces films trop nombreux. Carole Easton, directrice générale du Centre for Ageing Better, qualifie cette situation de « franchement insultante », rappelant que les plus de 55 ans représentent jusqu’à un cinquième du public des salles au Royaume-Uni, dépensant chaque année des centaines de millions de livres au cinéma, tandis que les femmes âgées restent éloignées des récits cinématographiques.
La campagne s’appuie également sur Cast Aside, une étude publiée en 2023 par le Centre for Ageing Better et menée avec des chercheurs de l’University of West London School of Film, Media and Design. L’analyse de plus de 1 200 personnages parlants dans près de 50 films britanniques populaires sortis entre 2010 et 2022 montre que seul un personnage parlant sur trois avait 50 ans ou plus. Les personnages féminins de 65 ans et plus apparaissent plus de trois fois moins souvent que leurs homologues masculins. De plus, les femmes de plus de 50 ans parlent 14 % de moins que les hommes âgés dans le corpus étudié.
Au-delà du nombre de rôles, la campagne interroge également leur profondeur. Les chercheurs notent que les personnages féminins âgés sont souvent moins puissants, actifs ou moteurs du récit. Ils sont fréquemment représentés comme passifs, plaintifs, ou ridiculisés pour leur comportement, et souvent placés à la périphérie de l’intrigue. Harriet Bailiss, co-responsable de la campagne, affirme que cette représentation pousse les personnes âgées vers « les marges de la société ». Cette problématique n’est pas exclusive au cinéma britannique, car en France, le baromètre 2026 de la commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans rappelle que les femmes de plus de 50 ans ne représentent que 11 % des rôles, alors qu’une femme majeure sur deux a plus de 50 ans dans la population française. Ce constat met en lumière une réalité similaire des deux côtés de la Manche.
Source : Age Without Limits