« Avec Trump, le véritable mystère est notre persistance à être surpris par son inconstance »

Avec Trump, le véritable mystère est notre persistance à être surpris par son inconstance

Tous les quelques mois, une nouvelle capitale découvre avec stupéfaction que sa relation avec Donald Trump, qu’elle croyait spéciale, ne l’est pas. Actuellement, de nombreux commentateurs s’interrogent sur les tensions croissantes entre le président américain et Benyamin Netanyahou.

Pour beaucoup, cette perspective semble surprenante après la coopération militaire sans précédent entre les États-Unis et Israël lors de la guerre contre l’Iran en février 2026, les multiples rencontres entre les deux dirigeants, et une relation souvent présentée comme exceptionnelle.

L’inconstance de Donald Trump

Cependant, rien de tout cela n’est nouveau. Nous parlons du même président qui a menacé un allié de l’Otan à propos du Groenland, évoqué l’annexion du Canada comme « 51e État », remis en cause des engagements de sécurité considérés comme des piliers de l’ordre occidental, et traité des partenaires historiques comme de simples interlocuteurs commerciaux. De même aujourd’hui, une partie de l’opposition iranienne exprime sa colère après avoir cru voir dans la politique de Trump le prélude à une transformation plus profonde du régime.

Le véritable mystère est de savoir pourquoi tant de dirigeants, d’alliés et d’observateurs continuent de croire qu’avec eux, cette fois-ci, ce sera différent. L’une des constantes de la présidence Trump est la capacité de ses partenaires à se convaincre qu’ils bénéficieront d’un traitement particulier.

« Les assurances reçues ne constituent une garantie durable »

Cette conviction n’est pas absurde. Les Européens invoquent soixante-quinze ans d’alliance transatlantique. Les Canadiens rappellent une proximité géographique, culturelle et économique unique. Israël peut se référer aux accords d’Abraham, à la guerre de 2026 contre l’Iran, et à une relation souvent présentée comme privilégiée. Les monarchies du Golfe soulignent des décennies de coopération sécuritaire avec Washington. Quant à une partie de l’opposition iranienne, elle a vu dans la politique de pression maximale le signe d’un engagement américain plus ambitieux contre le régime.

C’est précisément là que réside l’erreur. Européens, Canadiens, Kurdes syriens, monarchies du Golfe, Israéliens ou opposants iraniens ont tous fini par découvrir que ni la proximité avec Washington, ni les promesses, ni les assurances reçues ne constituent une garantie durable.

Trump ne trahit pas sa doctrine, il l’applique

Le problème n’est donc pas l’inconstance du président américain. C’est la persistance de l’idée selon laquelle certains partenaires bénéficieraient encore d’un statut privilégié capable de les soustraire aux logiques qui gouvernent son action. Pour comprendre ces incompréhensions répétées, il faut remettre en cause une hypothèse largement partagée : celle selon laquelle Trump conçoit les relations internationales comme ses prédécesseurs.

Depuis 1945, les partenaires de Washington se sont habitués à des alliances durables, à la concertation entre alliés et à l’idée que certaines valeurs communes structurent les relations internationales. Trump raisonne autrement. Pour lui, une alliance est une relation dont l’utilité doit être régulièrement réévaluée. L’ancienneté compte moins que l’intérêt du moment, et aucun partenaire ne bénéficie d’un statut particulier.

Pas de relation privilégiée durable non plus avec Benyamin Netanyahou

Les discussions du G7 en offrent une illustration. Les dirigeants européens multiplient les rencontres dans l’espoir de convaincre le président américain sur des sujets tels que l’Ukraine, les tarifs douaniers ou la sécurité du continent. Ils cherchent à préserver une solidarité occidentale héritée de l’après-guerre. Trump, de son côté, semble surtout se demander ce que les États-Unis ont à gagner, et ce qu’il peut en tirer politiquement.

La relation avec Benyamin Netanyahou l’illustre également. Après des années de proximité politique et deux guerres contre l’Iran, beaucoup supposaient que cette relation bénéficiait d’un statut particulier. Pourtant, le premier ministre israélien s’est retrouvé confronté à plusieurs faits accomplis : l’ouverture de négociations avec Téhéran, un mémorandum d’entente largement négocié sans lui, et des critiques publiques répétées de la part du président américain. Là encore, la relation privilégiée n’a pas empêché le retour du rapport de force.

Quand en tirerons-nous les conséquences ?

La surprise dit donc peut-être moins de Trump que de ceux qui persistent à l’analyser à travers les catégories d’un monde qui n’est plus tout à fait le sien. Au fond, la question n’est plus de savoir ce que Donald Trump fera demain. Depuis près de dix ans, il répète la même leçon : aucune relation n’est acquise et aucun privilège n’est permanent. La véritable question est donc ailleurs.

Combien de déceptions supplémentaires seront nécessaires avant que les Européens tirent toutes les conséquences de cette réalité ? Combien de sommets et de promesses déçues avant qu’ils investissent réellement dans leur défense et leur autonomie stratégique ? Combien de discussions faudra-t-il encore avant qu’ils acceptent que leurs intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de Washington ?

La même interrogation vaut pour d’autres partenaires des États-Unis, qu’il s’agisse d’Israël, des monarchies du Golfe ou d’autres encore. Si un allié peut changer de priorité du jour au lendemain, alors la véritable assurance ne réside pas dans la proximité avec Washington, mais dans sa propre capacité d’action. Le véritable mystère de la présidence Trump n’est peut-être pas son imprévisibilité. C’est notre persistance à être surpris.

Source : La Croix

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