Être normal : la compétence managériale méconnue
Jean-Baptiste, chef de mission chez Médecins Sans Frontières (MSF), résume son expérience de plus de vingt ans en une phrase : « Être normal, stable, calme, dans des contextes difficiles et anormaux, c’est déjà beaucoup. » Cette déclaration soulève une question cruciale sur la gestion en milieu complexe.
Dans les environnements humanitaires, la stabilité émotionnelle d’un manager est essentielle. Jean-Baptiste souligne que cette normalité n’évoque pas la médiocrité, mais plutôt une cohérence comportementale sous pression. Dans des situations imprévisibles, un manager doit rester fiable pour que ses équipes puissent s’appuyer sur lui sans craindre des fluctuations de son état émotionnel.
Cette compétence est souvent difficile à évaluer et à valoriser. Les environnements de travail modernes tendent à privilégier la réactivité émotionnelle visible, où l’enthousiasme et l’indignation sont valorisés. Cependant, cette approche peut engendrer de l’instabilité, car les équipes apprennent à gérer l’humeur de leur manager plutôt que de se concentrer sur leur travail.
Jean-Baptiste insiste sur le fait que les équipes observent la cohérence entre les paroles et les actions de leur manager. Cette cohérence est cruciale pour établir la confiance. Un manager qui ne maintient pas sa stabilité sous pression envoie un message destructeur à son équipe.
Pour développer cette stabilité, Jean-Baptiste met en avant l’importance du repos régulier et de l’introspection. Reconnaître et nommer ses émotions est essentiel pour maintenir un équilibre émotionnel, contrairement à une expression désorganisée de ses sentiments.
Les défis récents auxquels sont confrontés les managers ont mis en lumière la nécessité de cette compétence. Dans le secteur humanitaire, où l’instabilité est la norme, la stabilité managériale est une condition de survie opérationnelle.
Être normal, stable et calme dans des contextes difficiles est une compétence précieuse à développer, surtout pour les organisations traversant des périodes de turbulence.
Source : Jean-Baptiste, entretien avec Médecins Sans Frontières.
