Tintin et l’histoire de la culture visuelle
Le personnage de Tintin, créé par Hergé, soulève des questions sur l’évolution de la culture visuelle. Présenté comme un « reporter », Tintin n’écrit jamais, mais il attire l’attention des médias. Ses premières aventures, notamment Tintin au pays des Soviets publié en 1929, marquent un tournant. Dès la première vignette, il est annoncé que « Le Petit Vingtième, toujours désireux de satisfaire ses lecteurs, vient d’envoyer en Russie soviétique un de ses meilleurs reporters : Tintin ! » Cette introduction souligne le caractère autobiographique du personnage, Hergé ayant lui-même été reporter photographe au Petit Vingtième à l’âge de vingt ans.
Dans cette œuvre, les images sont présentées comme un reportage photographique, une approche humoristique qui reflète une époque de bouleversement dans la culture visuelle. La mention de la « rigoureuse authenticité » des photos fait écho à la promesse du reportage documentaire, comme l’indique Walter Benjamin dans sa Petite histoire de la photographie (1931).
En 1928, le magazine Vu publie le premier reportage photographique en URSS, confié à James Edward Abbe, soulignant l’absence de photoreporters reconnus à l’époque, à l’exception de quelques journalistes écrits comme Albert Londres. Hergé anticipe ainsi l’importance croissante du photoreportage en choisissant un personnage comme Tintin.
L’album Tintin au Congo (1930-1931) montre Tintin en action, participant à des safaris et utilisant son matériel audiovisuel pour exposer les actes d’un sorcier. Cet épisode illustre la fonction de preuve du document audiovisuel, renforçant l’idée que l’image peut servir à dénoncer des injustices.
Les récits de la surprise des indigènes face aux images photographiques renforcent des stéréotypes sur la supériorité de la civilisation occidentale. En montrant les Africains attirés par le son d’un sorcier, Hergé évoque également la célèbre allégorie de l’enregistrement sonore, illustrant le pouvoir des médias documentaires à cette époque.
En conclusion, Tintin incarne une vision de la modernité médiatique et de son impact sur la perception visuelle, tout en reflétant les préjugés de son temps.
Source : Tintin au pays des Soviets et autres publications associées.
