Publié le 15 septembre 2026 à 8h56 – Dernière mise à jour le 15 septembre 2026 à 8h56
L’Europe doit développer ses propres capacités en matière d’intelligence artificielle sous peine de se retrouver dans une situation de dépendance stratégique à l’égard des États-Unis. C’est l’avertissement lancé lundi à Vienne par Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), qui appelle le continent à devenir producteur et non plus seulement consommateur des technologies d’IA.

Les entreprises européennes investissent déjà massivement dans l’intelligence artificielle, mais utilisent essentiellement des technologies développées à l’étranger, particulièrement aux États-Unis. Une vulnérabilité d’autant plus importante que l’IA devrait progressivement irriguer tous les secteurs de l’économie. Pour Christine Lagarde, une interruption de l’accès à ces technologies pourrait ainsi affecter simultanément les banques, les transports, la santé ou encore le contrôle des frontières. Cette dépendance pourrait également donner aux partenaires commerciaux de l’Europe un puissant moyen de pression lors de négociations sur les droits de douane ou la fiscalité numérique.
La présidente de la BCE pointe également le retard européen en matière d’infrastructures. Les capacités actuelles des centres de données ne suffisent déjà pas à répondre à la demande et, sans investissements supplémentaires, l’écart pourrait être multiplié par plus de six au cours de la prochaine décennie. Elle plaide donc pour le développement de modèles d’IA européens fonctionnant sur des infrastructures elles-mêmes implantées en Europe.
L’enjeu est aussi économique. Christine Lagarde estime qu’une adoption plus rapide de l’intelligence artificielle pourrait augmenter la productivité européenne jusqu’à 4 % sur dix ans. Elle souligne parallèlement que les ménages de la zone euro détiennent environ 440 milliards d’euros d’actions d’entreprises technologiques américaines : l’épargne européenne contribue ainsi largement au financement de la révolution technologique américaine. « La question », pose-t-elle en substance, est désormais de savoir si l’Europe saura cette fois en récolter elle aussi les bénéfices.
La rédaction

