Déchets nucléaires : malgré le feu vert au projet Cigéo, la lutte ne fait que commencer
Le projet d’enfouissement de déchets hautement radioactifs Cigéo, situé près de Bure dans la Meuse, a franchi une nouvelle étape cruciale. Le 14 septembre dernier, il a reçu un avis favorable de la commission responsable de l’enquête publique, qui s’est tenue entre mai et juillet, malgré des conditions jugées défavorables par les opposants. Cette enquête a recueilli plus de 3 000 contributions.
Porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), le projet Cigéo prévoit l’enfouissement de 83 000 m³ de colis contenant des éléments radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue, à une profondeur de 500 mètres. Ce projet est au cœur d’une contestation persistante depuis trois décennies.
L’avis favorable de la commission est un prérequis à la signature du décret d’autorisation que le gouvernement souhaite finaliser avant l’élection présidentielle de 2027. Ce décret lancera la phase industrielle pilote, impliquant la construction des installations et le stockage des premiers colis de déchets radioactifs.
Les opposants, qualifiant le processus de « fumisterie démocratique », estiment qu’il est encore possible d’enrayer le projet. Juliette Geoffroy, de la Coordination Stop Cigéo, a exprimé son scepticisme quant à la véritable prise en compte de l’opinion publique dans le processus décisionnel.
Elle souligne que l’enquête publique a été avancée pour entériner le projet avant les élections, et que la conclusion du rapport de la commission, bien que favorable, ne reflète pas la diversité des opinions exprimées. Les avis défavorables ont été plus nombreux que les favorables, et souvent mieux argumentés.
La commission n’a pas statué sur la faisabilité du projet, acceptant que l’autorisation soit donnée sans démonstration de sûreté. Ce manque de clarté soulève des questions sur la viabilité du stockage géologique.
Les opposants prévoient de poursuivre la lutte juridique, notamment en attaquant le décret d’autorisation. Ils estiment que l’autorisation donnée ne marque pas la fin de la contestation, mais au contraire, le début d’une nouvelle phase de mobilisation.
Des experts et scientifiques indépendants continuent également de remettre en question la sécurité du projet. Une contre-expertise réalisée par l’Institute for Energy and Environmental Research (IEER) a mis en évidence des impacts potentiels sur les ressources en eau, souvent minimisés dans les études de l’Andra.
Il est à noter que, si des déchets devaient être stockés, cela ne serait pas avant 2050, laissant un laps de temps significatif pour d’éventuels changements dans l’opinion publique et les décisions politiques.
Source : Reporterre

