Édito : Lettre à Majuscule
Cet édito s’adresse à toi, mon ami Majuscule. Je t’ai nommé ainsi car je ne connais pas ton véritable nom : tu ne signes jamais les courriels pleins d’injures que tu m’adresses. Mais, comme tu écris en lettres capitales, tout comme la peine que tu réclames, ce sobriquet s’est imposé.
Je ne te connais pas, mais je crois deviner qui tu es. Pour toi, l’histoire de France est celle d’un déclin ininterrompu depuis la Révolution. Tu es convaincu que « c’était mieux avant », sans jamais préciser ce qu’est cette époque idéale. Ta nostalgie semble te hanter, teintée de colère sourde.
Il est fascinant de te voir t’agacer lorsque je critique Donald Trump, que tu qualifies de « meilleur président que les États-Unis aient jamais eu », ou Vladimir Poutine, cet « homme de paix » qui ne ferait que répondre aux « provocations ukrainiennes ». Tu t’étrangles en conspuant les « merdias » qui, selon toi, « nous enfument », à l’exception de la chaîne qui tourne en boucle dans ton salon.
Ta préoccupation pour ma vie personnelle est également notable. Tu m’encourages souvent à me « faire enc… » par divers individus ou animaux. Tu prétends être « au-dessus des partis », mais tu sembles désireux de les couper.
Il m’arrive d’écrire en anticipant tes réactions, et je souris en pensant au nombre de points d’exclamation que tu vas utiliser. Je t’imagine, toi qui reproches à nos dirigeants de ne pas avoir « anticipé » les effets d’un dérèglement climatique que tu niais encore avant l’été.
Surtout, cher Majuscule, continue à m’envoyer ces courriels chargés de haine. Ils me rappellent vers quelle pente je m’interdis de glisser.
Source : Nice Matin
