Logement social : le RN promet la préférence nationale, les HLM répondent par un refus net

Logement social : le RN promet la préférence nationale, les HLM répondent par un refus net

Quand la crise du logement devient un outil de conquête électorale

La crise du logement est devenue une urgence nationale. Des familles attendent, des jeunes renoncent à partir de chez leurs parents, des retraités étranglés par les loyers comptent chaque euro.

Marine Le Pen a choisi d’en faire un autre récit.

Son projet repose notamment sur la « priorité nationale » dans l’accès au logement social et aux aides au logement, la remise en cause de la loi SRU et la vente d’une partie du parc HLM.

Le monde HLM, lui, monte au créneau.

Et pour une fois, le désaccord ne porte pas sur un détail technique.

Il porte sur la question fondamentale : le logement social doit-il devenir un instrument de préférence nationale ?

Le RN ne propose pas davantage de logements : il propose de changer ceux qui auraient priorité

C’est toute l’habileté politique de la proposition.

Lorsqu’il manque des logements, deux choix sont possibles.

On peut augmenter massivement l’offre.

Ou on peut expliquer que le problème vient de ceux qui occupent déjà une partie du parc.

Le RN choisit principalement la seconde voie.

C’est politiquement beaucoup plus simple.

Parce qu’il est difficile d’expliquer aux électeurs qu’il faut construire pendant des années, mobiliser du foncier, investir des milliards et s’attaquer aux prix de l’immobilier.

Il est beaucoup plus facile de désigner un groupe comme responsable.

Le problème devient alors non plus : « Pourquoi manque-t-il des logements ? »

Mais :

« Qui mérite d’en avoir un ? »

Et c’est précisément là que le débat change de nature.

Les organismes HLM contestent le récit du RN

L’Union sociale pour l’habitat rappelle que l’accès au logement social est déjà encadré par des critères de ressources et de situation.

Autrement dit, contrairement au récit politique parfois véhiculé, les logements sociaux ne sont pas distribués selon une simple logique : « étranger devant Français ».

La réalité administrative est infiniment moins spectaculaire.

Et surtout, elle est beaucoup moins pratique pour fabriquer un responsable.

Le monde HLM considère donc que la proposition du RN instrumentalise une pénurie réelle pour construire une réponse identitaire.

C’est un reproche particulièrement lourd venant d’acteurs qui connaissent quotidiennement la réalité des files d’attente.

Et la loi SRU ?

Autre cible : la loi SRU.

Son principe est pourtant assez simple : certaines communes doivent contribuer à l’effort de construction de logements sociaux.

Pourquoi ?

Parce que sinon, les logements sociaux risquent mécaniquement de se concentrer toujours dans les mêmes territoires.

Supprimer cette obligation peut donc renforcer une France à deux vitesses :

des communes capables de préserver leur entre-soi immobilier et d’autres qui concentrent davantage les ménages modestes.

C’est exactement l’une des critiques formulées par Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce le risque de voir se développer des « ghettos de riches ».

Et c’est ici que l’opposition entre le RN et LFI devient particulièrement nette.

LFI : prendre le problème à l’endroit où il se trouve

La réponse de La France insoumise part d’un constat beaucoup moins électoralement confortable :

le logement coûte trop cher.

Il faut donc agir sur les prix, développer le parc social, encadrer les loyers, lutter contre la spéculation et accélérer la rénovation des logements.

Ce n’est pas aussi spectaculaire qu’un slogan sur la nationalité.

Mais cela s’attaque directement au problème.

Car retirer la priorité à quelqu’un ne crée pas automatiquement un appartement.

Un logement libéré n’est pas un logement construit.

Cette évidence devrait être placardée sur toutes les affiches électorales.

La vraie question : pourquoi manque-t-il autant de logements abordables ?

Voilà la question que la campagne présidentielle devrait imposer.

Pourquoi des travailleurs doivent-ils consacrer une part énorme de leur salaire au logement ?

Pourquoi des jeunes diplômés ne peuvent-ils pas se loger dans certaines villes ?

Pourquoi des familles attendent-elles aussi longtemps ?

Pourquoi certaines communes construisent-elles si peu de logements sociaux ?

Pourquoi le patrimoine immobilier permet-il à certains de s’enrichir tandis que d’autres consacrent l’essentiel de leurs revenus à leur loyer ?

Ce sont ces questions qui méritent des réponses.

Pas une nouvelle guerre entre pauvres.

Le RN veut une société de propriétaires. Très bien. Mais avec quel argent ?

Le RN présente également l’accession à la propriété comme une priorité.

L’idée peut séduire.

Qui ne voudrait pas posséder son logement ?

Mais un slogan ne paie ni le crédit, ni l’apport, ni les frais de notaire.

Quand les salaires progressent moins vite que les prix immobiliers, demander aux ménages modestes de devenir propriétaires ne suffit pas.

La politique doit commencer par leur donner les moyens de le devenir.

Et pour ceux qui ne le peuvent pas, le logement social doit rester un filet de sécurité solide.

Le véritable choix de 2027

La question du logement pourrait devenir l’un des grands sujets de la présidentielle.

Et le choix politique est finalement assez clair.

Le RN propose de réorganiser la pénurie en fonction de la nationalité.

LFI veut s’attaquer à la pénurie elle-même.

D’un côté, une politique qui transforme le logement en nouvelle frontière identitaire.

De l’autre, une politique qui considère le logement comme un droit social.

La différence est immense.

Parce qu’une République qui manque de logements peut choisir de construire davantage.

Elle peut réguler.

Elle peut investir.

Elle peut répartir l’effort entre les territoires.

Ou elle peut expliquer aux citoyens qu’ils seraient mieux logés si quelqu’un d’autre était moins bien servi.

C’est la vieille mécanique de la division : quand le gâteau est trop petit, plutôt que d’en cuisiner un autre, on désigne celui qui doit quitter la table.

Pour Artia13, le choix est inverse :

Construire. Réguler. Protéger. Loger.

Pas organiser la guerre des locataires.

#artia13

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