Contre les violences économiques conjugales, des banques s’impliquent
La suppression d’une carte bancaire, des dépenses non contrôlées depuis un compte joint, ou un contrôle exclusif des décisions financières du foyer… Selon une enquête de 2025, près d’une femme sur quatre a déjà subi des violences économiques de la part de son conjoint. Face à ce phénomène, les banques se positionnent comme des acteurs clés dans la prévention de cette forme de violence conjugale.
Rafaele Leroy, directrice de l’engagement d’entreprise de BNP Paribas, souligne que « dans les rendez-vous patrimoniaux, c’est souvent Monsieur qui vient tout seul, ou si le couple vient, Madame ne parle pas beaucoup ». Ce constat met en lumière les inégalités économiques persistantes entre conjoints. BNP Paribas a été pionnière dans la formation de ses conseillers sur les violences économiques au sein du couple.
En collaboration avec l’association Solidarité femmes, la banque a mis en place depuis 2024 une formation vidéo obligatoire pour ses 10 000 collaborateurs en contact avec les clients, afin de les sensibiliser et de les aider à identifier les situations à risque. Un livret et un outil numérique interactif ont également été développés pour accompagner cette initiative.
Premier enjeu : la formation des conseillers
D’autres banques s’engagent également. Une enquête de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) publiée en février 2026 révèle qu’en France, « la quasi-totalité des groupes sont engagés ou commencent à s’engager ». Soisic Rivoalan, chargée de mission à l’Unaf, distingue trois catégories d’engagement parmi les banques : les pionniers, les groupes mutualistes et ceux qui n’expriment pas d’intérêt pour le sujet.
La Banque de France a également pris des mes, en publiant fin 2025 un dossier exhaustif sur les violences économiques intrafamiliales sur son site internet.
Pour agir, le secteur bancaire a mis en œuvre des formations vidéo et une offre d’ouverture de compte en urgence pour les victimes de violences conjugales. Le Crédit mutuel Alliance fédérale a introduit un module obligatoire de formation pour ses 25 000 conseillers bancaires, tandis que 26 000 collaborateurs de La Banque postale ont été sensibilisés spécifiquement aux violences économiques.
Une offre de comptes d’urgence
Les comptes bancaires proposés par certaines banques ne sont pas rattachés au domicile conjugal, ce qui permet aux victimes de fuir des situations abusives. Le Crédit mutuel a lancé cette offre en juillet 2024, suivie par d’autres établissements. BNP Paribas oriente ses clients vers le service Nickel, qui permet d’ouvrir un compte bancaire de manière discrète.
Soisic Rivoalan souligne l’importance de ces initiatives : « Les femmes qui fuient des violences en urgence se retrouvent à devoir subvenir à leurs besoins de base et doivent disposer d’un compte bancaire ».
Depuis la mise en place de ces dispositifs, près d’une centaine de comptes ont été ouverts au Crédit mutuel Alliance fédérale. LCL permet également l’ouverture d’un compte d’urgence sur présentation d’un dépôt de plainte ou d’une aide d’urgence de la CAF.
Les dangers du compte joint
Malgré ces avancées, des réflexions doivent être menées sur les comptes joints, souvent plébiscités par les couples. Environ 25 % des Français en couple ne détiennent qu’un compte joint, sans avoir de compte personnel. Cette situation pose des risques, car en cas de dettes, tous les cotitulaires sont responsables, indépendamment de l’origine de ces dettes.
Soisic Rivoalan met en garde : « La solidarité des cotitulaires peut avoir des conséquences en situation d’emprise ». Les banques tentent de sensibiliser à l’importance d’avoir un compte personnel en parallèle, mais des améliorations dans la communication individuelle et les systèmes d’alerte sont nécessaires.
Un engagement plus systématique ?
L’Unaf appelle à un « engagement de la place bancaire » pour lutter contre les violences économiques, inspiré du modèle britannique. Le Financial Abuse Code, établi en 2021 au Royaume-Uni, a mis en place des règles pour les banques sur ce sujet.
BNP Paribas s’est montrée favorable à un tel engagement, tandis que d’autres banques soulignent les implications légales de la concurrence. Les actions mises en œuvre par les banques soulèvent également des questions d’image, avec un appel à une démarche sincère et engagée dans la lutte contre les violences économiques.
Source : Enquête de 2025, Union nationale des associations familiales (Unaf).

