Il faut un ministère de l’Immigration de plein exercice pour en gérer toutes les dimensions
À huit mois du premier tour de l’élection présidentielle, l’immigration s’impose comme un thème central du débat politique en France. Ce sujet devient d’autant plus crucial avec Marine Le Pen qui place la « priorité nationale » au cœur de son programme. Les réponses des adversaires politiques varient, et parfois se contredisent, y compris à gauche.
Patrick Weil, auteur d’un essai intitulé De l’immigration en France (Grasset, mai 2026), souligne qu’au cours des vingt-cinq dernières années, la population immigrée en France a augmenté de 54 %, tandis que la population générale n’a crû que de 14 %. Cette hausse est particulièrement marquée dans certaines régions, avec des augmentations allant jusqu’à 200 % dans l’Ouest de la France. Cependant, il met en garde contre l’utilisation de ces chiffres pour alimenter le discours du « grand remplacement », affirmant que l’invasion à laquelle nous assistons est celle des touristes, avec 105 millions d’étrangers entrant en France chaque année.
Weil note qu’environ 200 000 immigrés sont en situation irrégulière, représentant moins de 0,2 % des entrées annuelles. Il souligne que le système européen de gestion des flux migratoires fonctionne relativement bien, même face à des crises comme celle de Ceuta.
L’augmentation des flux migratoires n’a pas été anticipée ni gérée de manière adéquate. Patrick Weil appelle à une politique publique d’immigration réfléchie, capable d’organiser l’accueil, le logement, l’éducation et l’intégration des nouveaux arrivants. Il critique la gestion actuelle, qui reste centrée sur une approche policière, héritée de la mise sous tutelle des services de l’immigration par le ministère de l’Intérieur en 2007.
Weil propose la création d’un ministère de l’Immigration à plein temps, capable d’aborder les enjeux liés à l’immigration sous tous leurs aspects, notamment la santé, l’éducation, le logement, la justice et le travail. Il fait également référence à des dysfonctionnements qui aggravent la situation, comme le déplacement de la rentrée universitaire, qui a conduit à une augmentation du travail d’immigrés en situation irrégulière.
La nécessité d’une réforme du régime des titres de séjour est également mise en avant. Selon lui, la création d’une « green card » à la française permettrait de réduire le stress et la bureaucratie pour les étrangers résidant depuis longtemps en France.
Weil souligne que la question de l’immigration ne peut être réduite à un simple problème économique ou culturel. Il insiste sur la richesse des parcours individuels des immigrés, qui ne devraient pas être perçus comme un bloc homogène. La France, héritière de la Révolution française, se doit d’invoquer les valeurs d’égalité et d’universalité, face à une extrême droite qui remet en cause le principe de droit du sol.
Ce débat sur l’immigration est donc fondamental non seulement pour l’avenir politique de la France, mais aussi pour son identité nationale.
Source : Alternatives Economiques

