Souveraineté numérique : et si la vraie question n’était pas le cloud, mais les données ?
L’Europe, de plus en plus dépendante des services cloud, se trouve à un tournant décisif en matière de souveraineté numérique. Alors que la maîtrise des données devient essentielle, la question centrale n’est pas tant le choix du cloud, mais la gestion et la protection des données elles-mêmes.
Portées par la transformation numérique et l’essor de l’intelligence artificielle, les entreprises européennes investissent massivement dans le cloud. En France, l’utilisation des services cloud payants a augmenté de 13,7 points entre 2023 et 2025, selon Eurostat, faisant de cette tendance l’une des plus marquées au sein de l’Union européenne. Les hyperscalers, tels que les géants du secteur, sont devenus des piliers de l’infrastructure numérique, facilitant la messagerie, la collaboration et le stockage.
Cependant, cette dépendance croissante soulève des préoccupations. Les tensions géopolitiques, les cyberattaques et les exigences réglementaires rendent la résilience des entreprises plus cruciale que jamais. Il est impératif de ne pas uniquement s’appuyer sur un seul fournisseur pour tous les services critiques. La souveraineté numérique ne doit pas être perçue comme une rupture avec les hyperscalers, mais plutôt comme une opportunité de conserver le contrôle sur ses données.
La gestion des données, considérées comme l’un des actifs les plus stratégiques des organisations, mérite une attention particulière. Lorsqu’un fournisseur unique gère l’ensemble de la chaîne, un incident peut avoir des répercussions majeures. Pour contrer cela, il est essentiel de développer des alternatives européennes aux grandes plateformes, tout en garantissant que les informations critiques restent accessibles et protégées, indépendamment de l’application qui les héberge.
Les entreprises doivent pouvoir utiliser les meilleures solutions disponibles tout en protégeant leurs données. En cas de défaillance d’un service, elles doivent avoir la capacité de récupérer leurs données sans dépendre du fournisseur. Cette séparation entre l’hébergement des applications et la protection des données est cruciale pour réduire les risques liés aux incidents.
La réglementation européenne, à travers des textes comme NIS2 et le Data Act, renforce les obligations en matière de gestion des risques et de portabilité des données. Ces initiatives visent à encourager les entreprises à mieux maîtriser leurs environnements numériques. L’AI Act, quant à lui, introduit des exigences supplémentaires concernant la gouvernance des systèmes d’intelligence artificielle.
En conclusion, la véritable souveraineté numérique réside dans la capacité à reprendre le contrôle des données critiques. Cela nécessite une indépendance vis-à-vis des fournisseurs, une résilience face aux incidents et une préservation de la liberté d’action des organisations.
Source : Eurostat

