On vous explique le syndrome de Kessler, une réaction en chaîne menaçant l’espace
L’astrophysicien américain Donald J. Kessler a imaginé en 1978 un scénario selon lequel des collisions en cascade dans l’orbite terrestre engendreraient des déchets spatiaux, conduisant à la formation d’une « ceinture de débris ».
Le ciel va-t-il se transformer en gigantesque poubelle ? C’est l’une des questions prioritaires du sommet international sur l’espace organisé à Paris les 9 et 10 septembre. Une déclaration est attendue sur la gestion des débris spatiaux, a fait savoir l’Élysée avant l’événement. Le nombre de satellites autour de la Terre a explosé ces dernières années, notamment à cause de mégaconstellations comme Starlink de SpaceX.
Actuellement, environ 15 000 engins orbitent autour de notre planète, selon la start-up française Look Up Space, spécialisée dans la surveillance de l’espace. En sept ans, le nombre de satellites actifs a été multiplié par près de huit, passant de moins de 2 000 en service début 2019.
Cette inflation rend de plus en plus probable le syndrome de Kessler, du nom de l’astrophysicien qui l’a théorisé. Dans un article publié dans le Journal of Physical Research, Kessler décrit un scénario catastrophe où une première collision en orbite génère des débris, entraînant davantage de collisions et une production exponentielle de déchets spatiaux. Ce phénomène se rapproche de l’effet domino, mais à une échelle beaucoup plus grande.
Les collisions en orbite ne se limitent pas à un simple amas de tôle froissée. Elles sont dévastatrices, générant des débris à cause de la vitesse élevée des objets. Le Centre national des études spatiales (Cnes) et l’Agence spatiale française évoquent des impacts en orbite basse allant de 28 800 km/h à 57 600 km/h.
Kessler avait prédit qu’une telle ceinture pourrait se former au cours du siècle actuel et poser un problème majeur durant le siècle suivant, surtout en raison de débris non détectés issus d’explosions d’engins spatiaux.
Le syndrome de Kessler est déjà observable dans une zone restreinte. Christophe Bonnal, expert en débris spatiaux au Cnes, a déclaré en 2022 qu’il avait été observé entre 750 km et 1 100 km d’altitude, avec une augmentation naturelle du nombre de débris dans cette zone.
Bien que les conséquences ne soient pas encore visibles depuis la Terre, la saturation de l’orbite pourrait rendre plausible un effondrement généralisé à la suite de collisions en chaîne, a averti le député LFI Arnaud Saint-Martin en 2025, qualifiant cela de « menace existentielle ».
De nombreuses activités terrestres dépendent des satellites, comme la géolocalisation et la synchronisation des systèmes électriques. Actuellement, on compte environ 36 000 objets de taille supérieure à 10 cm en orbite, dont 30 000 bien identifiés. Les États-Unis, la Russie et la Chine sont responsables de 96 % des débris spatiaux, chacun représentant environ un tiers.
L’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee (IADC) prévoit que les débris spatiaux pourraient doubler en moins de cinquante ans. Pour réduire le nombre d’objets en orbite, l’Agence spatiale européenne (ESA) a prévu le lancement de la mission Clearspace-1 en 2029, visant à nettoyer l’espace en récupérant des débris.
Pour un avenir durable, l’ESA a engagé une démarche « zéro débris », avec l’objectif d’atteindre la neutralité en matière de débris d’ici à 2030. La NASA a également présenté sa propre stratégie de durabilité spatiale.
Source : Franceinfo

