LGV Bordeaux-Toulouse : tensions autour du projet relancent le débat sur l’A69.

« Un passage en force » : la LGV Bordeaux-Toulouse ravive le cauchemar de l’A69

Un Passage en Force : La LGV Bordeaux-Toulouse Ravive le Cauchemar de l’A69

Saint-Jory (Haute-Garonne), reportage — À Saint-Jory, dans le nord de Toulouse, la colère des opposants à la ligne à grande vitesse (LGV) Toulouse-Bordeaux est palpable. Le 1er septembre, un arrêté interpréfectoral a permis le démarrage des travaux d’abattage des arbres, un mois plus tôt que prévu, prenant de court les militants.

Le lendemain, à 7 heures du matin, des tronçonneuses ont commencé à couper les arbres dans une zone de plus d’un hectare, surnommée le « triangle boisé ». Cette opération a été encadrée par un important dispositif policier, comprenant une équipe du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PPSIG), des gendarmes et un hélicoptère.

Sur place, les troncs abattus jonchent le sol, témoignant d’une végétation dévastée. Camille, une opposante à la LGV, évoque un lieu chargé de souvenirs : « C’était un endroit très symbolique pour nous. Cela fait mal au cœur. » Un nid, probablement tombé lors des coupes, renforce ce sentiment de perte.

Depuis deux ans, cette zone était le camp de base de militants écologistes qui luttaient pour préserver cette forêt. Camille souligne que la zad de La Guinguette vaillante a permis de « visibiliser la lutte ».

Les préfets justifient le démarrage anticipé des travaux par la nécessité de réaliser des fouilles archéologiques avant le chantier. Contactée, la préfecture de Haute-Garonne n’a pas répondu aux demandes d’informations.

« On nous prive de notre droit »

Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, affirme que les travaux n’ont pas respecté la procédure, car une signalisation pour annoncer l’opération aurait dû être installée quinze jours avant. Les pancartes étaient absentes, comme l’a confirmé Camille.

Les abattages, initialement prévus à partir du 1er octobre, ont également contourné la stratégie juridique des opposants, qui avaient déposé un référé-suspension le 22 août. Alors que cette procédure était en cours, les préfets ont autorisé les coupes, privant ainsi les militants de leur droit au recours.

Les opposants ont tenté de suspendre l’arrêté par un référé-liberté, mais leur demande a été rejetée le 9 septembre.

Le « même passage en force que sur l’A69 »

Les travaux, autorisés le 5 février, devraient entraîner l’artificialisation d’environ 4 800 hectares de terres agricoles, naturelles et forestières entre Toulouse, Bordeaux et Dax. Ce projet, l’un des plus grands chantiers d’infrastructure en Europe, soulève des questions sur sa viabilité.

Le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a recommandé de prioriser les investissements sur le réseau ferroviaire existant et de réévaluer les coûts, qui pourraient dépasser 14 milliards d’euros.

Jean Olivier déclare : « On assiste au même passage en force que sur l’A69. Le projet n’est pas viable, mais on y va quand même. »

Source : Reporterre

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