Financement de l’innovation française et acquisitions à l’étranger : une stratégie duale.

Financer l’innovation française puis acheter à l’étranger : une logique française - DECIDEURS MAGAZINE

Financer l’innovation française puis acheter à l’étranger : une logique française

Les écosystèmes d’innovation en France dépendent largement du financement public, un fait souligné par Antoine Mathot, entrepreneur en stratégie. Dans un contexte budgétaire tendu, il propose des solutions pour soutenir les entreprises innovantes sans accroître le budget de l’État.

Depuis les années 70, l’innovation aux États-Unis a été soutenue par des interventions publiques significatives, comme l’illustre l’exemple de SpaceX. En France, les dispositifs mis en place depuis les années 2000, tels que ceux de Bpifrance, ont permis de structurer une industrie du capital-investissement reconnue internationalement. Cependant, l’État fait face à des contraintes budgétaires croissantes, et les financements publics disponibles ne suffisent pas à soutenir le dynamisme entrepreneurial et l’accélération des technologies telles que l’intelligence artificielle et la biotechnologie.

À sept mois des élections présidentielles, les promesses de nouveaux financements sont rares. Toutefois, une alternative existe : l’achat public. Bien que des efforts aient été faits en 2018 pour encourager l’achat public innovant, les résultats restent décevants. Selon des entrepreneurs, vendre à l’État est complexe, et les initiatives de 2023 n’ont pas permis d’améliorer la situation. En 2021, un tiers des acheteurs publics se déclaraient formés aux achats innovants, ce qui souligne un frein culturel important.

La question de la préférence nationale dans les marchés publics reste délicate. Alors que la Commission européenne envisage une préférence pour les marchés stratégiques, la France devrait également revoir ses approches. De nombreux acheteurs publics continuent de privilégier des prestataires familiers, négligeant les conséquences sur l’écosystème d’innovation.

L’incapacité à acheter les produits développés avec des financements publics pose un paradoxe. Les entreprises françaises, souvent compétitives en termes de prix et de technologie, se voient écartées au profit de solutions étrangères. Cette situation nuit à leur chiffre d’affaires domestique, un critère essentiel pour attirer les investisseurs.

Les retombées fiscales positives d’un achat innovant sont significatives. En effet, pour chaque 100 € dépensés auprès d’une entreprise française, environ 30 € sont récupérés par l’État sous forme d’impôts et de cotisations. Cela pourrait permettre d’acheter de l’innovation à un coût réduit tout en renforçant la souveraineté technologique du pays.

Pour remédier à cette situation, la création d’un Médiateur de l’achat innovant pourrait être envisagée. Ce dernier aurait pour mission de sensibiliser les acheteurs publics aux enjeux de leurs décisions. Publier une note annuelle sur les achats innovants par entité pourrait également inciter à une plus grande transparence et responsabilité.

Si la réduction des dépenses n’est pas envisageable, il est impératif de dépenser de manière plus judicieuse.

Source : Décideurs Magazine

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