Tapestry-mania : La Tapisserie de Bayeux à Londres
Les Britanniques découvrent la Tapisserie de Bayeux à partir de ce jeudi 10 septembre au British Museum à Londres. Cette exposition suscite un engouement exceptionnel au Royaume-Uni, plongé dans une véritable « Tapestry-mania », près de mille ans après la création de ce trésor médiéval. Les portes du musée ouvrent à 10 h, mais il n’est pas nécessaire de se presser : les billets, mis en vente le 1er juillet, ont été rapidement épuisés, et l’exposition affiche complet jusqu’au 31 décembre. De nombreux visiteurs attendent déjà la mise en vente de nouveaux billets, prévue pour le 21 octobre.
Pour l’hebdomadaire The Economist, cette broderie, qui relate la conquête de l’Angleterre par Guillaume Le Conquérant, duc de Normandie, jouit d’une « popularité digne d’une rock star ». Le Times parle d’une « mania » qui s’est emparée du pays. Le président français Emmanuel Macron a annoncé en juillet 2025 le prêt de cette œuvre, qui avait été envisagé par le passé sans succès : en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II, et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d’Hastings, marquant la victoire de Guillaume Le Conquérant sur les troupes anglaises en 1066.
Michael Lewis, conservateur de l’exposition, s’est réjoui auprès de l’AFP : « C’est formidable que l’État français nous ait permis de l’accueillir ici. Les Britanniques sont complètement fous de cette œuvre tant elle occupe une place fondamentale dans leur histoire. » Il ajoute que l’engouement pour la tapisserie est difficile à expliquer aux Français, qui ne réalisent peut-être pas le trésor qu’ils ont entre les mains.
La Tapisserie de Bayeux, constituée de neuf panneaux en lin reliés, représente environ 626 personnages et 202 chevaux à travers 58 scènes brodées de fil de laine. Elle illustre notamment la désignation de Guillaume Le Conquérant comme héritier du trône d’Angleterre en 1064, et se termine par sa victoire à la bataille d’Hastings en octobre 1066.
Des produits dérivés, tels que torchons, tabliers et mugs décorés de scènes de la tapisserie, sont déjà en vente. Le magasin Liberty a même lancé des coussins inspirés par l’œuvre, à 165 livres sterling l’unité (192 euros). La chaîne de restauration rapide Greggs a créé une broderie de huit mètres de long intitulée « Ta-Pastry », tandis qu’un pub voisin a installé une « tapisserie de la bière » retraçant l’histoire de cette boisson.
Cette exposition marque le « retour » de la Tapisserie de Bayeux sur le sol anglais, où elle a probablement été brodée. « C’est la première fois que la Tapisserie de Bayeux est ici depuis probablement 950 ans », souligne Michael Lewis. Le Royaume-Uni a exprimé sa gratitude envers la France pour ce prêt, avec le roi Charles III en tête.
La tapisserie est exposée à plat, dans l’obscurité, avec des projections murales permettant d’identifier les principaux événements. Jusqu’à un million de visiteurs sont attendus jusqu’à la fin de l’exposition, prévue pour le 11 juillet 2027.
Son transfert depuis la Normandie avait suscité des inquiétudes quant à sa préservation. Une « rupture de deux fils » a été constatée, mais l’état général de l’œuvre n’a pas été altéré, a rassuré la ministre française de la Culture, Catherine Pégard.
Source : AFP

