William Meyers : La démocratie sans tribune
Dans une station de métro de Brooklyn, en 2015, William Meyers a capturé une scène poignante : un homme âgé souffrant d’une crise d’épilepsie, allongé sur le quai, tandis qu’une femme agenouillée veille sur lui, mêlant urgence et sollicitude. Cette image interroge sur le nombre de gestes similaires qui passent inaperçus au quotidien, faute de témoins.
Meyers utilise une méthode de photographie argentique rigoureuse, sans recadrage, confiant ses négatifs à Chuck Kelton, un maître-tireur de New York. Il privilégie le noir et blanc, qu’il décrit comme une technologie archaïque conférant une gravité particulière à ses œuvres, semblable à jouer Bach sur des instruments d’époque.
Ancien officier de renseignement aéronaval, collaborateur d’une sous-commission sénatoriale sur la pauvreté et l’emploi, homme d’affaires et critique photo pour le Wall Street Journal, Meyers s’est tourné vers la photographie à la cinquantaine. Son parcours dans la vie publique américaine façonne chaque image qu’il crée.
La critique photographique Vicki Goldberg a écrit : « La vision puise autant dans la vie que dans l’œil, autant dans le cœur que dans le cerveau. » Meyers, ayant navigué les coulisses de la vie publique, offre une vision intime de la démocratie, évitant à la fois la naïveté et le cynisme.
Il choisit délibérément de se placer dans le rang, plutôt que face à l’estrade. Dans un essai accompagnant son ouvrage, la journaliste Nicole Gelinas évoque des images peuplées de « nuques et dos ». Meyers explique : « En plaçant quelqu’un entre l’objectif et l’action, je mets le regardeur dans l’audience, lui faisant revivre l’expérience d’y être. »
La société civile à l’œuvre
Son livre Civics s’articule autour de sept chapitres thématiques, dont deux, « Social Capital » et « Civic Markers », ont été ajoutés après la première présentation du projet en 2016. Meyers affirme : « J’en suis venu à croire que la démocratie est autant un phénomène culturel que politique. »
Dans le chapitre « Social Capital », plusieurs images montrent des interventions communautaires, comme des dons de sang dans des lieux de culte ou des accueils de sans-abri. Ces scènes, loin des bureaux administratifs, illustrent comment les citoyens prennent le relais lorsque l’État faillit.
En mars 2015, dans la salle de rédaction du New York Daily News, des journalistes travaillent sur leurs écrans, entourés d’anciennes unes historiques, rappelant l’importance du journalisme comme pilier de la vie civique.
Meyers capte des moments marquants de la vie publique, comme une manifestation Black Lives Matter à Broadway en novembre 2020 ou une réunion de l’association des parents d’élèves du lycée Frank McCourt, illustrant comment la démocratie s’exprime à travers diverses voix et actions.
Conclusion
À travers ses photographies, William Meyers révèle la complexité et la fragilité de la démocratie. En mettant en lumière les interactions civiles et les moments de vigilance, il rappelle que la démocratie n’est pas seulement une question de pouvoir, mais aussi de participation et d’engagement collectif.
Source : Blind Magazine

