L’Europe face à des défis stratégiques urgents
Les tensions au Moyen-Orient, la politique tarifaire des États-Unis et les incertitudes concernant les engagements sécuritaires de Washington, ainsi que l’augmentation des exportations chinoises, notamment dans le secteur des véhicules électriques, mettent en lumière l’urgence des enjeux stratégiques auxquels l’Europe doit faire face. Au cours des dernières décennies, les écarts de croissance et d’investissement entre l’Europe, les États-Unis et les économies asiatiques se sont accentués, rendant nécessaire le soutien des infrastructures et de l’industrie sur le continent, ainsi qu’une intégration accrue dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Selon un rapport de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, publié en 2024, l’Union européenne doit investir entre 750 et 800 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici 2030, représentant environ 4,5 % du PIB, afin de réduire l’écart de compétitivité avec les États-Unis et la Chine.
Si aucune action n’est entreprise, ce déficit ne fera que se creuser. Par ailleurs, les États-Unis et la Chine exploitent des droits de douane, des subventions et d’autres politiques pour fausser la concurrence à leur avantage. Le conflit au Moyen-Orient a également révélé les forces et les faiblesses à l’échelle mondiale, tandis que des changements géopolitiques significatifs se produisent.
Malgré la disponibilité d’une épargne considérable en Europe, estimée à 33 000 milliards d’euros, le principal défi reste la mobilisation de ces capitaux. Un tiers de cette épargne est placé sur des comptes courants, tandis qu’une grande partie est investie à l’étranger, principalement aux États-Unis, ce qui signifie que l’Europe exporte son épargne alors que ses entreprises innovantes luttent pour accéder aux financements nécessaires.
L’impératif politique consiste donc à mobiliser cette épargne en renforçant les incitations pour les ménages, les fonds de pension et les asurs afin qu’ils investissent dans des entreprises à forte croissance. Les gouvernements pourraient également jouer un rôle en réduisant les risques pour les investisseurs privés, par exemple en offrant des garanties et en établissant des mécanismes de première perte.
Les dépenses de défense de l’UE sont également en hausse, avec un programme d’acquisitions commun incluant des États non membres comme la Suisse. Cependant, le marché unique européen reste encore fragmenté, ce qui complique le développement des entreprises dans des secteurs clés comme la finance et l’énergie.
Ces enjeux, bien que connus, deviennent de plus en plus pressants, notamment avec l’instabilité politique croissante, comme en témoigne la fragilité du gouvernement de coalition allemand et l’élection présidentielle imminente en France. L’attractivité de l’Europe en tant que destination d’investissement dépendra de sa capacité à investir à long terme et à mobiliser son épargne privée.
En somme, l’Europe doit non seulement transformer son épargne en innovation et en gains de productivité, mais aussi achever les réformes institutionnelles nécessaires pour renforcer sa puissance stratégique sur la scène mondiale.
Source : Rapport de Mario Draghi, 2024.


