Scandale Orpea : Deux ex-directeurs du groupe d’Ehpad privés bientôt jugés pour délit d’initié
Le premier procès lié au scandale des Ehpad Orpea se profile à l’horizon. Le groupe, désormais connu sous le nom d’Emeis, fait l’objet de plusieurs enquêtes, notamment pour maltraitances et infractions financières. Deux anciens directeurs, Yves Le Masne et Jean-Claude Brdenk, comparaîtront à Paris pour délit d’initié.
Le parquet national financier (PNF) a annoncé qu’un procès avait été ordonné à l’encontre de ces deux individus suite à une enquête préliminaire. Ils seront jugés pour avoir revendu des actions en 2021, avant la publication d’un livre révélateur sur les maltraitances dans les Ehpad, ainsi que pour blanchiment. Une audience est prévue le 14 octobre pour déterminer la date du procès.
Le scandale Orpea a éclaté en 2022 avec la sortie du livre « Les Fossoyeurs », écrit par le journaliste Victor Castanet, lauréat du prix Albert Londres. Ce livre a mis en lumière des maltraitances sur les résidents, des irrégularités financières et des manquements dans la gestion des ressources humaines sous l’ancienne direction, suscitant de vifs débats sur les soins aux personnes âgées.
Des investigations majeures ont été lancées à Nanterre concernant les maltraitances et les infractions financières. À Paris, le PNF s’est concentré sur l’activité boursière des deux ex-directeurs, suspectés de délit d’initié.
En février 2022, Le Canard enchaîné a rapporté qu’Yves Le Masne avait revendu des actions pour un montant de 588 000 euros, trois semaines après avoir reçu un questionnaire du journaliste Castanet. Ce dernier s’interrogeait sur la possibilité que Le Masne ait anticipé la chute du groupe. Le principal intéressé a contesté cette affirmation, affirmant que ses ventes d’actions étaient habituelles à cette période de l’année.
Yves Le Masne, qui a été directeur général délégué d’Orpea à partir de 2006 puis directeur général à partir de 2010, a été démis de ses fonctions le 30 janvier 2022. Son avocat a déclaré que son client n’avait pas été mis en cause dans des dossiers de maltraitance et a critiqué les accusations du PNF comme étant fondées sur des raisonnements juridiquement fragiles.
Jean-Claude Brdenk, quant à lui, a occupé des postes de direction durant environ vingt ans et a été qualifié de « cost killer » par Victor Castanet. Son avocat n’a pas souhaité commenter l’affaire.
Suite à ces événements, le groupe a été placé sous le contrôle de la Caisse des dépôts. Le gouvernement a signalé la situation à la justice, entraînant plus d’une cinquantaine de plaintes déposées à partir d’avril 2022. Ces signalements ont été motivés par un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), soulignant des insuffisances dans la qualité des repas servis aux résidents.
Yves Le Masne et Jean-Claude Brdenk sont également mis en examen à Nanterre pour des infractions telles que l’abus de confiance, l’escroquerie et le blanchiment en bande organisée. En revanche, aucune mise en examen n’a été prononcée pour homicide involontaire ou bless involontaires dans le cadre d’autres enquêtes en cours.
Emeis, qui opère dans une vingtaine de pays, a réalisé un chiffre d’affaires de 5,9 milliards d’euros en 2025. L’ancien ministre du Travail, Olivier Dussopt, a été nommé président du conseil d’administration en juin dernier.
Source : La Croix

