Saisonniers des vignes contraints de quitter les villes face à des décisions administratives.

« On nous réveille pour nous dire de partir » : ces saisonniers des vignes chassés des villes

Banyuls-sur-Mer : Des saisonniers des vignes en difficulté

Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), reportage — La récolte de raisin s’est achevée le 28 août, laissant une vingtaine de saisonniers se reposer à l’ombre, près du centre-ville de Banyuls-sur-Mer. Parmi eux, Juliane, Allemande, Maria, Espagnole, Oriane, Française, et Luana, Italienne, témoignent d’une saison éprouvante. Oriane précise : « Si on accepte de vous parler, c’est parce que notre vigneron nous soutient. Ce n’est pas le cas de tous les vendangeurs. Si on les cite, ils perdent leur travail. »

Les jeunes femmes, habituées à des températures de 35 à 40 °C et à des journées de travail intenses, évoquent des conditions de logement dégradées. Pour la plupart d’entre elles, le logement se limite à dormir dans des camions ou des tentes, leur employeur n’étant pas légalement tenu de les loger.

« Il y a une stigmatisation de ces travailleurs », déclare-t-elle. Juliane, qui récolte à Banyuls depuis près de vingt ans, se souvient : « Avant, nous étions accueillies dans un camping. Puis ils ont gagné une étoile et n’ont plus voulu de nous. » Cette année, la municipalité a interdit le stationnement de véhicules trop grands sur un parking, une me qu’elles jugent ciblée.

Les saisonniers, dont le nombre varie entre 50 et 100, se voient contraints de se déplacer pour se loger. « La police municipale nous réveille la nuit pour nous dire de partir. Certains d’entre nous dorment en ayant peur », ajoute Maria.

Appels à l’aide

Jean-Emmanuel Parcé, vigneron employant 25 saisonniers, souligne : « Ils sont vus comme des punks à chien et certains touristes préfèrent les éviter, même s’ils aiment boire leur vin. » Face à cette situation, les saisonniers ont manifesté le 22 août, soutenus par la CGT66. Dans un communiqué, ils déclarent : « Le coût du voyage nous pousse à accepter l’inacceptable. » Ils réclament un accès à l’eau potable, à l’électricité, à des douches et le droit d’être dans l’espace public.

Une réunion a eu lieu le 31 août avec des vignerons, des représentants des saisonniers et la mairie. Jean-Emmanuel Parcé rapporte : « La mairie a dit qu’elle allait nous aider à trouver des moyens d’hébergement pour la saison prochaine. » Cependant, Luana exprime sa déception : « Aucun lieu où nous pourrions tous loger n’a été trouvé. » Oriane conclut : « On a l’impression de faire 100 % des efforts et eux, zéro. »

Impact du réchauffement climatique

Les conditions de travail des vendangeurs sont également affectées par le réchauffement climatique. La récolte a lieu de plus en plus tôt, coïncidant avec la saison touristique, rendant les logements inaccessibles. De plus, les risques d’incendie compliquent leur hébergement. « Certains vignerons ont accepté que l’on dorme sur leur terrain, mais la préfecture le leur a interdit à cause des incendies », précise Maria.

Face à ces défis, certains employeurs envisagent de se séparer des saisonniers historiques pour faire appel à des intérimaires locaux. Maria s’inquiète : « Pour certains, ces saisons représentent les revenus de l’année. »

Contactée, la mairie de Banyuls n’a pas encore répondu aux questions posées.

Source : Reporterre

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