Élections de mi-mandat : Chronique d’une catastrophe électorale annoncée
(New York) Les Québécois sont bien placés pour comprendre le danger qui guette les Américains à l’approche des élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre. Ils n’ont pas oublié SAAQclic, le site web du gouvernement du Québec, dont le lancement a été un échec retentissant. Aujourd’hui, les États-Unis sont avertis d’un risque similaire avec le lancement d’un portail et de nouveaux systèmes informatiques précipités par le Service postal américain, qui pourraient compromettre le vote par correspondance pour des millions d’électeurs.
Selon un rapport d’un lanceur d’alerte publié récemment par un sénateur démocrate, le processus de création et de mise en œuvre de ces systèmes informatiques a été « opaque, précipité, chaotique et fondamentalement défaillant ». Ce rapport souligne également que l’administration aurait dissimulé des informations cruciales sur les risques de perturbations liées aux nouveaux processus de vérification des bulletins de vote.
Le Service postal américain a rejeté ces allégations, affirmant que le portail en cours de développement fournira un moyen sécurisé et efficace pour les responsables électoraux de gérer les listes de vote par correspondance.
Pour comprendre cette situation complexe, un retour en arrière s’impose. En mars dernier, un décret présidentiel signé par Donald Trump a ordonné au département de la Sécurité intérieure de créer des listes d’électeurs admissibles dans chaque État, à acheminer vers un portail internet géré par le Service postal. Ce système vise à prévenir l’envoi de bulletins de vote par correspondance à des étrangers, un problème jugé rare par ses détracteurs, qui y voient une tentative de restreindre le vote, particulièrement parmi les électeurs démocrates.
Ce décret a été contesté par vingt-trois États démocrates et le district de Columbia, qui affirment que la Constitution confère aux États la responsabilité d’organiser les élections. En réponse, l’administration Trump a précisé que les États peuvent choisir d’autres méthodes pour envoyer leurs bulletins de vote.
De plus, si les États optent pour le Service postal, ils devront utiliser des enveloppes conformes à des normes spécifiques, ce qui complique encore davantage le processus. Une juge fédérale du Massachusetts a temporairement bloqué le décret, soulevant des questions sur la capacité du Service postal à poursuivre le développement de son portail.
Le sénateur Richard Blumenthal a qualifié le système en cours de développement de « fait pour échouer », affirmant qu’il pourrait priver des millions d’Américains de leur droit de vote. Il a mis en avant le risque que des enveloppes soient retournées en raison de divergences mineures dans les informations des électeurs.
Le développement précipité de ces systèmes informatiques, censés être mis en place en trois mois au lieu des huit mois nécessaires, a également été critiqué. Des informaticiens ont décrit le processus comme un « bordel monumental ».
Si l’administration Trump parvient à mettre en œuvre ce système avant les élections, une crise électorale pourrait se profiler à l’horizon, créant ainsi une situation que les Québécois pourraient comprendre.
Source : Associated Press

