Les neurosciences influencent-elles les pratiques parentales en France ?

Doit-on suivre les neurosciences pour être un bon parent ?

Les discours de parentalité à l’éclairage des neurosciences ont le vent en poupe depuis quelques années. Faut-il nécessairement les suivre pour être un bon parent ?

Les neurosciences semblent avoir bousculé les connaissances sur le développement des enfants, et l’éducation mise en place par certains parents. Mais doit-on suivre ces études pour élever ses enfants et être un bon parent ?

L’influence des neurosciences sur l’éducation

Le terme de « neurosciences » est apparu dans les années 1960, désignant les disciplines étudiant le système nerveux. Toutefois, c’est au cours des années 2000-2010 qu’il a gagné en popularité auprès des parents dans le domaine de l’éducation.

« Le livre de Catherine Gueguen, ‘Pour une enfance heureuse’ a révolutionné le monde de la parentalité », estime Nina Bataille, coach professionnelle certifiée et spécialisée en neurosciences. « Il a apporté du recul sur des choses intuitives qui étaient jusque-là discutables car pas démontrées. Cela a permis d’apporter des preuves, même si on sait que la science est évolutive. »

Pour la coach, c’est là que le bât blesse. L’éducation à l’aune des neurosciences souffre d’une mauvaise interprétation, amalgamant l’éducation bienveillante avec une éducation laxiste. « Par exemple, François Dolto n’a jamais dit qu’il fallait laisser tout faire aux enfants ou qu’il était interdit d’interdire, mais que l’enfant est un être humain à part entière et qu’il faut bannir la violence physique. »

« Certes on ne laisse pas pleurer un bébé, on cherche à comprendre ce qu’il a, mais on ne le garde pas toute la journée dans les bras pour autant, la bienveillance ce n’est pas ça. »

Nina Bataille

Michel Vandenbroeck, docteur en sciences de l’éducation, souligne que ce ne sont pas les neurosciences qui influencent les parents. « Il faut faire la distinction entre neurosciences et leur utilisation par des non-neuroscientifiques. Selon les neuroscientifiques, il y a encore très peu de conclusions des neurosciences pour l’éducation. »

Dans son dernier ouvrage, Être parent dans notre monde néolibéral (érès, 2024), Vandenbroeck critique cette utilisation des neurosciences, qui ajoute une « nouvelle couche d’incompétence » aux parents, et une lourde responsabilité sur leurs épaules. « Tout ne se joue pas dans les 1 000 premiers jours, même si c’est une période importante. »

Les neurosciences ont-elles permis de limiter les faits de maltraitance ?

Les discours mêlant parentalité et neurosciences s’élèvent souvent contre les faits de violence physique et verbale. Ces revendications ont-elles pu aider à bannir les sévices corporels dans les familles ?

Nina Bataille indique qu’il n’y a pas de réponse nette à cette question. « Je ne pense pas que des parents se lèvent le matin en se disant ‘Tiens, je vais maltraiter mon enfant’. Ce qui limite la maltraitance, ce sont les signalements faits par des institutions (professeurs, psychologues) ou bien une prise de conscience par soi-même. »

Quant à la fessée, qui a été un principe éducatif, elle est interdite par la loi depuis 2016. « Je ne pense pas que les neurosciences aient contribué à cela, c’était déjà une limite à ne pas franchir pour beaucoup de monde. »

Michel Vandenbroeck nuance ce propos. « Les neurosciences nous ont montré quels effets dévastateurs des cas de grave négligence peuvent avoir sur le cerveau. »

Suivre les neurosciences, une condition nécessaire pour être un bon parent ?

« Une affiche britannique vantait les bienfaits de faire des câlins aux enfants, car cela aide au bon développement de leurs synapses. Mais a-t-on vraiment besoin des neurosciences pour faire des câlins à nos enfants ? » remarque Michel Vandenbroeck.

Pour le docteur en sciences de l’éducation, tous les parents essaient de faire au mieux dans le contexte et les circonstances qui sont les leurs. Mais il reproche au discours scientifique de ne pas prendre en compte ces inégalités de contexte, en prodiguant des conseils généralistes aux parents.

« Il n’y a pas besoin de rajouter à la culpabilité déjà présente. » rappelle Nina Bataille. « On n’a pas forcément besoin des neurosciences pour éduquer ses enfants et en faire des adultes stables et épanouis. »

Pour éduquer au mieux ses enfants, doit-on alors acheter des livres sur le sujet de la parentalité ? Michel Vandenbroeck alerte sur la pression que ces livres peuvent mettre sur la responsabilité individuelle des parents. « Les conseils aux parents ont souvent comme effet de renforcer leur insécurité et leur sentiment de responsabilité. »

Les deux experts s’accordent sur un point : les parents ne doivent pas éduquer leurs enfants seuls. « Il faut tout un village pour élever un enfant. » as Nina Bataille.

Michel Vandenbroeck souligne également que l’effort public pour soutenir la parentalité est de plus en plus en retrait, en témoigne la crise des milieux d’accueil de la petite enfance. « On va vers une commercialisation du soutien à la parentalité. »


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