SONDAGES 2027 : LE RN À 35 %, ET ALORS ? LA FRANCE N’A PAS ENCORE VOTÉ

SONDAGES 2027 : LE RN À 35 %, ET ALORS ? LA FRANCE N’A PAS ENCORE VOTÉ
SONDAGES 2027 : LE RN À 35 %, ET ALORS ? LA FRANCE N’A PAS ENCORE VOTÉ

À huit mois de la présidentielle, certains voudraient déjà nous vendre le résultat de 2027 comme s’il était sorti des urnes.

Marine Le Pen à 34, 35 ou 35,5 % ?

Les gros titres s’emballent. Les plateaux télé s’agitent. Les réseaux sociaux transforment une enquête d’opinion en prophétie. Et, comme souvent en politique française, on confond une photographie prise aujourd’hui avec le film qui reste encore à tourner.

Dernier exemple en date : un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche place Marine Le Pen entre 34 % et 35,5 % selon les configurations, très loin devant ses concurrents.

Le chiffre est réel.

La conclusion « Marine Le Pen sera présidente » ne l’est pas.

Et c’est précisément là que commence le problème.


UN SONDAGE N’EST PAS UNE ÉLECTION

Un sondage répond à une question extrêmement simple :

« Si l’élection avait lieu aujourd’hui, pour qui voteriez-vous ? »

Mais l’élection n’a pas lieu aujourd’hui.

Elle aura lieu en 2027.

Entre les deux, il y a huit mois de campagne, des candidatures, des débats, des affaires, des alliances, des désistements, des événements internationaux, des crises économiques, des mobilisations sociales, des erreurs de campagne et surtout.

des millions d’électeurs qui n’ont encore aucune idée de ce qu’ils feront.

Le problème est tellement connu que les analyses historiques invitent explicitement à la prudence : les sondages très éloignés du scrutin donnent une tendance, mais ils ne constituent pas une prédiction.

Et l’histoire électorale française est particulièrement cruelle avec ceux qui aiment jouer les devins.


1995 : BALLADUR DEVANT. PUIS DISPARU

En 1995, Édouard Balladur était donné comme l’un des grands favoris.

Il avait le gouvernement, une forte popularité et semblait disposer d’une formidable dynamique.

Puis la campagne est arrivée.

Jacques Chirac a finalement remporté l’élection.

Le favori des sondages n’a donc pas été le président.

Premier rappel historique :

être premier plusieurs mois avant ne garantit rien.


2002 : LE PLUS GROS CAMOUFLET

Et là, les sondeurs ont reçu une magnifique gifle démocratique.

Pendant la campagne de 2002, le scénario dominant était clair :

Chirac contre Jospin.

Même dans les dernières semaines, le second tour Chirac-Jospin semblait tellement évident qu’il était pratiquement traité comme une formalité.

Puis arrive le 21 avril.

Jean-Marie Le Pen se qualifie.

Jospin est éliminé.

Le candidat du FN obtient 16,86 % au premier tour, alors que les enquêtes précédentes l’avaient largement sous-estimé.

Le duel attendu n’existe tout simplement pas.

Chirac-Jospin : scénario annoncé.

Chirac-Le Pen : scénario réel.

La démocratie venait de rappeler aux experts quelque chose d’assez vexant :

les électeurs ne lisent pas les sondages avant de voter.


2007 : POUR UNE FOIS, LES SONDEURS ONT EU BON

Soyons honnêtes.

Les sondages ne se trompent pas toujours.

En 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se détachent progressivement et finissent effectivement par se retrouver au second tour.

Mais même cette campagne comporte une belle leçon :

François Bayrou connaît une spectaculaire progression.

Il était autour de 10 % fin janvier avant de grimper jusqu’à plus de 20 % dans certaines enquêtes en mars, avant de terminer à 18,57 %.

Autrement dit :

Même lorsque les sondages finissent par identifier correctement les deux finalistes, la dynamique peut encore énormément bouger.


2012 : DSK, LE PRÉSIDENT QUI N’EXISTERA JAMAIS

Puis arrive 2012.

Dominique Strauss-Kahn est longtemps considéré comme une figure majeure de la prochaine présidentielle.

Les sondages testent différents scénarios dans lesquels il est extrêmement bien placé.

Puis survient l’affaire du Sofitel.

Et soudain :

DSK n’est plus candidat.

Le scénario politique change complètement.

François Hollande devient le candidat socialiste et finit par battre Nicolas Sarkozy.

Cela démontre une évidence que les tableaux Excel ont parfois du mal à intégrer :

un électeur peut changer d’avis.

Et pire encore pour les modèles :

un candidat peut disparaître.


2017 : LE GRAND ENTERREMENT DES CERTITUDES

2017 est probablement l’exemple le plus spectaculaire.

Alain Juppé apparaît longtemps comme un candidat très sérieux.

François Fillon devient ensuite le candidat de la droite.

Benoît Hamon gagne la primaire socialiste.

Emmanuel Macron, lui, lance son mouvement et apparaît progressivement comme une force nouvelle.

Et finalement :

Macron arrive premier.

Le Pen deuxième.

François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont derrière.

Un paysage politique entier vient d’être pulvérisé.

Le système politique traditionnel, qui semblait encore solide quelques années auparavant, s’effondre.

Moralité ?

Une présidentielle française peut changer de visage en quelques mois.


2022 : LES SONDAGES ONT DAVANTAGE VU JUSTE

En 2022, la situation est différente.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont déjà très nettement identifiés comme les deux principales forces.

Ils terminent effectivement premier et deuxième.

Mais même là, les sondages ont sous-estimé la dynamique de Jean-Luc Mélenchon, qui termine à 19,6 %, tout près de Marine Le Pen. Les analyses de l’époque soulignaient notamment le phénomène du vote utile.

Donc oui :

les sondages peuvent être bons.

Mais cela ne signifie pas :

« les sondages ont toujours raison ».


ET NOUS VOILÀ EN 2026

C’est là que ça devient particulièrement intéressant.

Aujourd’hui, les sondages donnent Marine Le Pen extrêmement haut.

Le dernier Elabe la place entre 34 % et 35,5 % au premier tour selon les scénarios.

Un autre sondage Toluna Harris Interactive publié fin août donne également Marine Le Pen en tête avec environ 33 %, tandis que les configurations testées montrent un paysage très fragmenté derrière elle.

Et plusieurs enquêtes récentes montrent également que Jean-Luc Mélenchon peut redevenir un prétendant sérieux au second tour, ce qui rappelle justement que le classement derrière le RN est loin d’être figé.

Même les analyses internationales décrivent actuellement un paysage politique français fragmenté et profondément incertain.

Alors pourquoi faudrait-il considérer le chiffre de Marine Le Pen comme une prédiction du résultat final ?


35 % ≠ 35 % DES FRANÇAIS

Voilà un autre raccourci particulièrement pratique.

Quand on lit :

« Marine Le Pen à 35 % »

il faut comprendre :

« Dans cette enquête, auprès de cet échantillon, dans cette configuration de candidats, à cette date, 35 % des personnes interrogées déclarent une intention de vote donnée. »

Ce n’est pas :

35 % des Français.

Ce n’est pas :

35 % des électeurs inscrits.

Ce n’est pas :

35 % des personnes qui voteront effectivement.

Et surtout, ce n’est pas :

35 % des suffrages qu’elle obtiendra en avril 2027.

La nuance est énorme.


LE VRAI PIÈGE : LE VOTE UTILE

Et c’est probablement l’une des choses les plus importantes à surveiller.

À huit mois du scrutin, beaucoup d’électeurs répondent à la question :

« Qui pourrais-je voter ? »

À l’approche du scrutin, ils commencent à se demander :

« Qui peut réellement être au second tour ? »

Puis :

« Qui dois-je voter pour empêcher X d’arriver au second tour ? »

C’est exactement ce qui peut bouleverser une élection.

Le phénomène du vote utile a notamment joué un rôle important en 2022 et peut encore transformer les rapports de force en 2027.


LE RN PEUT GAGNER. MAIS LE RN N’A PAS GAGNÉ.

Et c’est probablement la phrase la plus importante de tout cet article.

On peut parfaitement reconnaître une réalité :

Marine Le Pen est actuellement la favorite des sondages.

C’est un fait.

On peut également reconnaître que son niveau actuel est particulièrement élevé et qu’elle dispose aujourd’hui d’un avantage considérable sur ses adversaires.

Mais transformer cela en :

« C’est terminé, Marine Le Pen sera présidente »

est une conclusion politique, pas une donnée scientifique.

Parce que 2027 n’est pas encore 2027.


L’HISTOIRE DEVRAIT NOUS RENDRE UN PEU MOINS SÛRS DE NOUS

Depuis 1995, les présidentielles françaises ont produit suffisamment de surprises pour nous éviter de prendre les sondages à huit mois pour des prophéties.

1995 : Balladur n’est pas élu.

2002 : Jospin n’est pas au second tour.

2007 : Bayrou explose dans les sondages.

2012 : DSK disparaît de la course.

2017 : Macron bouleverse le système politique.

2022 : Mélenchon remonte fortement.

Et maintenant, 2027.

Marine Le Pen est très haut.

Mais derrière elle, le paysage est encore extraordinairement mouvant : Philippe, Mélenchon, Attal, Glucksmann, Retailleau et d’autres évoluent selon les scénarios et les candidatures.


ALORS, QUE VAUT LE SONDAGE D’AUJOURD’HUI ?

Il vaut ce qu’il vaut : une photographie du rapport de force actuel.

Il nous dit quelque chose d’important :

Le RN possède aujourd’hui une avance considérable.

Mais il ne nous dit pas :

qui sera président en 2027.

Et pas :

qui sera au second tour avec certitude.

La campagne n’a même pas commencé dans sa forme définitive.

Les candidats ne sont pas tous connus.

Les alliances ne sont pas figées.

La gauche peut encore se recomposer.

Le centre peut encore se rassembler.

La droite peut encore évoluer.

Des événements imprévus peuvent bouleverser les priorités des électeurs.

Et surtout :

les 49 millions et quelques d’électeurs inscrits ne sont pas un panel de 1 500 personnes.

Ce sont des millions d’individus capables de changer d’avis, de s’abstenir, de voter utile, de découvrir un candidat ou d’en abandonner un.


Alors gardons le chiffre à sa place.

35 % dans un sondage, c’est 35 % dans un sondage.

Pas 35 % des Français.

Pas 35 % des électeurs.

Pas 35 % des bulletins.

Et surtout :

pas 35 % dans l’urne en 2027.

Les sondages peuvent annoncer une tendance.

Ils peuvent alerter.

Ils peuvent nourrir le débat.

Mais ils ne votent pas.

Et heureusement.

Parce qu’une démocratie dans laquelle 1 500 personnes remplaceraient plusieurs dizaines de millions d’électeurs serait certes beaucoup plus simple à gérer.

Mais ce ne serait plus vraiment une démocratie.

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