Crise des migrants à Ceuta : rapport des services de renseignement espagnols sur la situation actuelle

Crise des migrants à Ceuta : ce que dit un rapport des services de renseignement espagnols – L'Express

Crise des migrants à Ceuta : révélations des services de renseignement espagnols

Les services de renseignement espagnols ont publié leurs premières conclusions concernant l’afflux massif de migrants à Ceuta survenu les 30 et 31 juillet. Deux rapports du Centre national de renseignement (CNI), consultés par le journal espagnol El País, indiquent qu’il n’existe pas de preuves suggérant que le Majzén, le cercle de pouvoir autour de Mohammed VI, ait planifié cet assaut. En l’espace de deux jours, 72 000 personnes ont tenté d’entrer dans l’enclave espagnole, entraînant la mort de 91 individus selon les chiffres officiels, tandis que les associations avancent un bilan d’au moins 140 décès.

Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol, a affirmé le 31 août sur la radio Cadena SER qu’aucun service de renseignement collaborant avec l’Espagne ne remettait en question la non-participation des autorités marocaines à cet événement.

Campagne de désinformation numérique

Le Premier ministre a évoqué une campagne de rumeurs et de désinformation, relayée par des réseaux associés à la Russie et à Israël, ainsi qu’à une internationale d’ultradroite. Cette campagne aurait été alimentée par un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet, déformé par des organisations criminelles de trafic d’êtres humains, qui affirmait qu’un migrant entrant à Ceuta à la nage ne pourrait pas être renvoyé au Maroc.

Le 29 juillet, le CNI avait averti les autorités de Ceuta d’un appel à entrer en Espagne, relayé par des groupes Facebook comptant jusqu’à 180 000 abonnés. Ce mouvement a pris une ampleur inattendue, avec des dizaines de milliers de personnes se joignant spontanément à l’initiative, notamment après la diffusion de vidéos virales sur TikTok montrant des Marocains entrant sans obstacle. Bien que plusieurs responsables des groupes Facebook et WhatsApp aient été identifiés, aucune implication d’un service secret étranger n’a pu être établie.

Rôle du Maroc dans la crise

Les renseignements espagnols ont nuancé leur analyse concernant le rôle d’acteurs marocains. Ils estiment que le Maroc a pu tirer profit de la crise pour renforcer ses revendications sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles contestées. Cette hypothèse repose sur la passivité des forces de sécurité marocaines durant la crise, qui auraient été absentes de la frontière pendant plus de 24 heures. Des images montrant des gendarmes laissant passer des véhicules chargés de migrants sont jugées crédibles, mais les rapports ne concluent pas à une organisation de l’assaut par le pouvoir marocain. Dans les jours qui ont suivi, jusqu’à 90 % des personnes entrées sont reparties volontairement, et les forces marocaines ont empêché une nouvelle tentative d’entrée massive le 15 août.

Risques futurs

Les documents officiels consultés par El País mettent en lumière des risques pour les mois à venir. Bien qu’une attaque militaire marocaine contre Ceuta et Melilla soit jugée peu probable à court ou moyen terme, les services estiment qu’il existe jusqu’à 60 % de chances d’une augmentation des actions hostiles dans une « zone grise », incluant des campagnes de désinformation, des cyberattaques et l’instrumentalisation des flux migratoires. Cette situation illustre comment les flux humains peuvent devenir un levier de pression et une arme de déstabilisation géopolitique.

Source : L’Express, El País

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