Canicule : la mirabelle, fruit star de la Lorraine, touchée mais pas coulée
Metz et alentour (Moselle), reportage
En dépit d’un été 2026 marqué par des températures extrêmes, la mirabelle de Lorraine, fruit emblématique de la région, continue de résister. Le 30 août, environ 12 000 personnes se sont rassemblées à Metz pour assister à une parade nautique, symbole de l’été, qui a été précédée par des nuits tropicales et des températures dépassant les 40 °C.
À Norroy-le-Veneur, Vincent Neveux, exploitant agricole, constate les effets du climat sur sa production. Sur ses 10 hectares, il a dû ajuster ses méthodes de récolte : « Nous avons installé le secoueur dès le 20 juillet cette année, alors qu’auparavant, cela ne se faisait pas avant le 15 août », explique-t-il.
De même, Mélanie Demange, agricultrice à Marieulles-Vezon, observe que les vendanges de vignerons locaux ont débuté alors que de nombreuses mirabelles restent encore sur les arbres. Habituellement, ces récoltes s’effectuent après celles des mirabelles. Le couple récolte entre 50 et 60 tonnes de mirabelles chaque année, destinées principalement à la production d’eau-de-vie.
« Ces conditions, nous les paierons »
Les agriculteurs expriment des inquiétudes concernant le rendement. Le cahier des charges de l’Indication Géographique Protégée (IGP), instaurée en 1996, exige un diamètre minimal de 22 millimètres pour les fruits. Cependant, la chaleur et la sécheresse affectent la taille des mirabelles. Vincent Neveux, qui livre chaque semaine une tonne de mirabelles de qualité, prévoit une récolte totale d’environ 12 tonnes cette année, contre une moyenne de 15 tonnes habituellement.
Mélanie Demange ajoute que la qualité des fruits est compromise : « Nos mirabelles manquent de jus et sont un peu pâteuses. » En conséquence, la transformation en tartes et confitures devient nécessaire.
Philippe Richard, artisan confiseur à Augny, souligne que la production de mirabelles de qualité inférieure pourrait entraîner une hausse des prix. En 2025, le prix au kilo était de 3,70 euros, et une augmentation de 50 à 60 centimes est envisagée pour 2026.
Perspectives face au réchauffement climatique
Les producteurs se questionnent sur la longévité de la mirabelle face aux effets du réchauffement climatique. Mélanie Demange note des signes inquiétants, tels que la chute des feuilles prématurée et la présence de bois mort sur de jeunes arbres. Quentin Hoffmann, président de l’association Mirabelles de Lorraine, affirme que le mirabellier est résilient, mais avertit : « Une série d’étés comme celui-ci serait néfaste. »
En 2026, la production totale de mirabelles dans les vergers de l’IGP devrait se situer entre 5 000 et 5 500 tonnes, une baisse par rapport aux 5 500 à 6 000 tonnes des années précédentes.
Adaptation et diversification
L’irrigation ne sera pas une solution viable pour cette culture extensive. Les producteurs optent plutôt pour la diversification de leurs cultures, avec des plantations d’abricotiers, de pêchers et d’autres fruits adaptés à la nouvelle réalité climatique.
Selon des estimations, 70 % des mirabelles consommées dans le monde proviennent de Lorraine, soulignant l’importance de ce fruit pour l’économie locale.
Source : Reporterre.

