Ce personnage féminin méritait mieux : le rôle de Bertha dans « Jane Eyre » revisité par Lilia Hassaine dans son nouveau roman
Dans son dernier ouvrage intitulé JE, Lilia Hassaine offre une nouvelle perspective sur Bertha Mason, un personnage longtemps laissé dans l’ombre du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë. À travers le récit de Bertha, Hassaine aborde les thématiques de la violence et des dominations qui imprègnent l’œuvre originale.
Le roman JE, publié fin août 2026 aux éditions Gallimard, se lit à la fois comme une réappropriation personnelle et une critique littéraire. Le titre souligne le pronom « je », qui renvoie à une narration à la première personne, tout en évoquant les initiales de Jane Eyre.
Hassaine souligne que dans le roman de Brontë, Bertha est à peine présente. Elle est décrite comme une femme perdue, enfermée dans un grenier, perçue uniquement à travers le regard d’un homme, Edward Rochester. « Jane, dans le roman, entend des bruits qui viennent du grenier. Elle pense que c’est un fantôme », explique Hassaine. Cette dynamique met en lumière la façon dont Bertha est réduite à un simple symbole de la folie, tandis que son histoire personnelle reste inexplorée.
La romancière s’est intéressée à Bertha, dont le vrai prénom est Antoinette, pour donner vie à son parcours, de son enfance en Jamaïque à sa relation avec Rochester. Elle évoque la manière dont la violence dans les relations amoureuses peut s’insinuer progressivement, rendant difficile la prise de conscience des victimes. « Aucune femme ne resterait si la violence était manifeste dès le départ », affirme Hassaine.
Ce récit ne se limite pas à une exploration des rapports de genre, mais touche également aux questions d’identité et de colonialisme. Bertha, décrite comme une « bête sauvage », est également victime des préjugés raciaux. Hassaine note que, bien qu’elle soit blanche en Jamaïque, elle se retrouve dans une position dominée en Angleterre.
À travers ce roman, Hassaine démontre une volonté de ne pas se cantonner à un genre littéraire unique. Son style, oscillant entre lyrisme et colère, met en avant sa capacité à traiter des sujets complexes sans jamais s’enfermer dans des stéréotypes.
Cette revisitation de Jane Eyre par Lilia Hassaine rappelle que la littérature peut évoluer et que chaque personnage mérite une voix. Le livre incite à repenser la manière dont les femmes sont représentées dans la littérature classique, tout en mettant en lumière les problématiques contemporaines de violence et de domination.
Source : Franceinfo.

