Manuela Martelli : « Dégel » est un film sur le silence de ma génération
Manuela Martelli, cinéaste chilienne, présente son nouveau long-métrage Dégel, qui fait suite à Chili 1976 et aborde l’héritage de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Le film se déroule en 1992, une année marquante pour le Chili, qui, après le retour à la démocratie, cherche à se redéfinir sur la scène internationale. Martelli évoque l’Exposition universelle de Séville, un événement clé qui a permis au pays de montrer un nouveau visage, prêt à s’ouvrir au monde.
Le Chili, selon Martelli, est un microcosme des effets de la mondialisation économique, exacerbés par les politiques néolibérales mises en place depuis les années 1970. La réalisatrice souligne que l’Exposition a vu le pays acheminer un iceberg antarctique, symbolisant à la fois la modernité et les secrets enfouis, qui finissent par resurgir.
Dans Dégel, l’héroïne, Inès, une fillette de 9 ans, vit un hiver dans une station de ski de la Cordillère des Andes. Bien que l’histoire soit fictive, elle reflète les sentiments de la génération de Martelli, marquée par la peur et la réticence à manifester. La réalisatrice se questionne sur la fragilité de la démocratie dans un contexte où l’expression libre est souvent perçue comme un risque.
Le film, qui sortira en France le 26 août et au Chili le 3 septembre, a été présenté au dernier Festival de Cannes, où Martelli a fait ses débuts en tant que première réalisatrice chilienne dans la sélection Un Certain Regard. La critique a salué l’atmosphère mystérieuse et la qualité de la photographie, tout en notant la performance des acteurs.
Martelli souligne que l’hiver, bien qu’attendu comme une saison de dégel, est choisi pour représenter le silence et les tensions sous-jacentes. La disparition mystérieuse d’Hanna, une jeune Allemande, sert de métaphore pour évoquer les mères chiliennes ayant perdu des enfants sous la dictature.
En abordant ces questions, Martelli espère comprendre et préserver la mémoire collective d’un pays qui peine à réviser sa Constitution héritée de la dictature, alors que l’extrême droite est de retour au pouvoir.
Source : Courrier International
