DGFiP, Beauvau, ANTS : l’État est-il prêt pour les agents IA ?
Après les cyberattaques ayant ciblé l’ANTS, le ministère de l’Intérieur (Beauvau) et la DGFiP, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu que « peu de ministères sont au niveau requis » en matière de cybersécurité. Il a également annoncé des moyens supplémentaires pour remédier à cette situation. Cependant, la problématique ne semble pas se limiter à la création de nouvelles structures. En effet, l’État fait face à une dette technique significative, à des signaux faibles mal exploités, à des infrastructures dispersées et à des responsabilités éclatées. Ces éléments soulignent un manque d’architecture numérique unifiée, essentielle pour faire face aux menaces à l’horizon 2026, notamment celles posées par les agents d’intelligence artificielle (IA).
Le diagnostic de Lecornu, formulé le 19 août, fait état d’une situation préoccupante. En mai, suite à l’attaque de l’ANTS, il avait déjà qualifié les infrastructures numériques de l’État de « jardin à l’anglaise », et avait annoncé la création d’ARIANE, une autorité destinée à standardiser les architectures ministérielles. Malgré ces annonces, la DGFiP a rappelé que le problème persiste.
En juin, le syndicat Solidaires Finances Publiques avait déjà alerté sur les risques de piratage, d’usurpation d’identité et d’hameçonnage, estimant que de nouvelles attaques étaient imminentes. Les comptes compromis ont été détectés fin juin et en juillet, et la DGFiP a confirmé que l’attaque s’était basée sur l’usurpation des identifiants d’un agent. Bien que les accès aient été interrompus, des données ont été extraites avant que l’administration ne s’en aperçoive. Il a fallu attendre la revendication du pirate en août pour que les investigations soient relancées, révélant l’exfiltration de données touchant 678 000 particuliers et professionnels.
Le cas de la DGFiP soulève des questions sur la capacité de l’administration à relier et interpréter les informations pertinentes. Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, a déclaré que l’attaquant avait automatisé ses opérations tout en restant « sous notre seuil » de détection. Ce manque de visibilité sur les données et les identités constitue une vulnérabilité majeure.
Sébastien Lecornu a par ailleurs appelé à renforcer la capacité d’intervention de l’ANSSI, déjà responsable de l’inspection des systèmes d’information de l’État. Cependant, la Cour des comptes a noté en 2025 que les capacités d’audit de l’agence étaient limitées et a recommandé d’intensifier les contrôles.
En avril, le Premier ministre avait présenté ARIANE comme une solution structurelle. Toutefois, la question de savoir si cette autorité pourra imposer des normes et des mécanismes de supervision communs demeure. Actuellement, la France dispose de plusieurs infrastructures mutualisées, comme Nubo et Pi, qui hébergent des données sensibles. Cependant, la simple existence de clouds internes ne garantit pas l’harmonisation des pratiques de sécurité.
La fragmentation des compétences au sein de l’État pose également un défi. Avec de multiples entités responsables de la cybersécurité, il devient difficile de déterminer qui est responsable de la gestion des risques. Cette situation est exacerbée par le fait que les cybercriminels sont de plus en plus sophistiqués, notamment avec l’émergence des agents IA, capables de tester et d’explorer les systèmes de manière autonome.
En conclusion, l’État doit non seulement renforcer ses moyens de cybersécurité, mais également revoir son architecture numérique pour mieux anticiper les menaces futures. Le véritable enjeu réside dans la capacité à réduire les silos et à établir une gouvernance unifiée en matière de sécurité des systèmes d’information.
Source : TF1 Info, Le Monde, Solidaires Finances Publiques



