: Reportage La peau scannée en

La peau scannée en « trois secondes » : l’intelligence artificielle face à la pénurie de dermatologues

Face à la pénurie de dermatologues, les centres France Dermatologie proposent des consultations grâce à un scanner et à l’intelligence artificielle, avant une analyse à distance par un médecin. Une solution qui séduit certains patients. Mais cette pratique est vivement critiquée par le syndicat national des dermatologues.

Depuis son ordinateur à l’accueil du centre France Dermatologie d’Évreux, Émilie surveille la salle d’attente, souvent pleine. En moyenne, une trentaine de consultations ont lieu chaque jour. Trois centres France Dermatologie ont ouvert en France depuis trois ans, visant à renforcer l’accès au dépistage des cancers de la peau grâce à un scanner qui analyse les lésions avec l’intelligence artificielle. Ces centres se présentent comme une réponse à la difficulté d’obtenir des rendez-vous chez les dermatologues.

Marina, une patiente venue des Côtes-d’Armor, a dépensé environ 250 euros pour cette consultation, incluant le trajet, l’hébergement et la consultation elle-même. Elle a été attirée par un reportage télévisé sur le centre. « Je trouve ça ultraprécis, peut-être un peu plus qu’une dermato qui va être pressée par le temps », déclare-t-elle. Atteinte de la maladie de Crohn, elle a un risque accru de développer un cancer de la peau et a eu du mal à trouver un rendez-vous chez un dermatologue traditionnel.

Le centre utilise un scanner Vectra, une technologie de pointe coûtant environ 500 000 euros. Le processus est rapide : le patient s’installe devant l’appareil, qui prend une photo de la peau en seulement trois secondes, capturant l’intégralité de la surface cutanée grâce à 92 appareils photo.

Les assistantes utilisent ensuite un dermatoscope pour examiner les lésions suspectes, qui sont analysées par l’intelligence artificielle. Les résultats, sous forme de score de risque, sont ensuite envoyés à un dermatologue pour une analyse approfondie, avec des résultats communiqués dans un délai de trois semaines.

Étienne Varlet, responsable de France Dermatologie, souligne la nécessité d’une telle initiative face à la crise médicale en dermatologie, où les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous peuvent atteindre plusieurs mois. En effet, il n’y a pas un seul rendez-vous disponible dans son centre avant mars prochain, et la consultation, non remboursée par la sécurité sociale, coûte 84 euros.

Cependant, cette approche est critiquée par le syndicat national des dermatologues, qui dénonce une marchandisation du parcours de soins. Jiliana Monnier, dermatologue, exprime ses préoccupations concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle, soulignant qu’elle ne peut pas encore choisir elle-même les lésions suspectes. Elle insiste sur l’importance d’une supervision dermatologique physique pour garantir la qualité des soins.

La dermatologie nécessite une formation approfondie, et un rendez-vous en présentiel est jugé essentiel pour éviter de passer à côté d’un cancer de la peau. Bien que l’intelligence artificielle soit un outil prometteur, elle ne peut remplacer l’expertise humaine. Le syndicat rappelle que le dépistage doit être ciblé, et recommande de consulter d’abord un médecin généraliste.

Source : Franceinfo

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